mercredi 19 novembre 2008

Merde, mon soufflé !

bon ,maintenant que le soufflé à la crème d'esbrouffe est retombé. qu'on sait que les conmensaux furent peu nombreux malgré le rabattage compulsif des éternels aboyeurs de service des meilleurs guides des cuisines de copinages. après quelques apparitions christiques , surtout d'un des deux larrons , chez quelques propriétaires de tuyaux à mouise appelée médias audiovisuels, on peut lire tranquillement le bilan de la recette béchamellébecq rédigé sur un coin de nappe par de vrais connaisseurs des lourdeurs de la mauvaise pitance bourgeoise : acrimed.

c'est par là.

http://www.acrimed.org/article3005.html

on peut rôter délicatement en fin de lecture.
c'est à la fois irrespectueux et traditionnel.
ça me plaît.


faudrait porter une charlotte sinon va y avoir des cheveux dans le potage, beñat.


tss, tss, les clients se plaignent de trouver un goût de cendre à vos patés, don miguel.

mercredi 5 novembre 2008

To Mr John Lewis



aujourd'hui je voudrais prendre dans mes bras Mr Lewis.

pourquoi ?

parce qu'après la victoire d’Obama hier soir, Mr Lewis a déclaré sur la chaîne NBC :
« Je ne pensais jamais voir ce jour de mon vivant » ?

assurément.

mais pourquoi lui et pas les millions d'autres qui ont du prononcer cette phrase ?

parce que John Lewis, un membre du Congrès de l’Etat de Géorgie, est le dernier survivant des leaders noirs historiques qui, avec le Dr. King, ont organisé la célèbre Marche des blacks sur Washington pour leurs droits civiques en 1963, cette même marche au cours de laquelle Martin Luther King a prononcé son fameux discours « I Have a Dream ». Lewis, un héros bien-aimé de tous, avait été battu presque à mort en 1961 lors d’une manifestation paisible par la police raciste de Selma, en Alabama, pendant que les agents fédéraux du FBI restaient à l’écart en train de prendre des notes.
(copié/collé d'une depêche du monde)

voilà pourquoi.

dear Jhon, i don't know you but today i think of you.

lundi 3 novembre 2008

je reprendrais bien un peu de ton cake au lordon, il est fameux


la crise. ouais, bof, ouaf.

pourquoi s'attarder sur cet écran de fumée ?

je dis "ça" en me référant à la plupart des propos entendus ou lus ci et là et qui fatiguent, parce que ceux qui n'y comprenaient rien il y a 6 mois, un an , dix ans,de tout temps quoi, à toute cette nébuleuse (les économistes patentés des journaux, les experts ripolinés de la télé, les charlatans et les laquais de tous poils) mais nous expliquaient que le "ça" du marché irrémédiable et puissant était positif, rebondissant, lumineux, bénéfique, régulé, innovant, croissant... viennent pérorer qu'ils s'étaient trompés mais pas pour les raisons qu'on croit et que d'ailleurs il pensent qu'il faut...(conyaka disait ma grand-mère).

puerta, ya.

je dis "ça" surtout parce que les préfectures intensifient la mise en place d'actions de "cueillette" des enfants de sans -papiers et, par là-même, de leurs parents, en passant par le biais de l'école ou des centres de loisirs, ajoutant au cynisme, l'hypocrisie et la banalisation.
pitoyable manière d'utiliser les institutions qui n'ont aucunement pour mission de favoriser le travail de répression de l'état voulant appliquer ses lois (même si je combats la loi qui transforme en délit le fait de n'avoir pas de papiers d'identité, c'est la loi)mais ont le devoir de donner aux enfants un accés à des droits universels et pour lequel la france s'est engagée en signant des accords internationaux (elle se torche avec ça c'est sûr, donc, mais avec la présomption d'innocence et les directives européennes qui l'accompagnent aussi ).

le seul "côté" qui intéresse donc les pouvoirs publics c'est que l'école et les CLSH regroupent des enfants à un endroit connu de tous et à des instants t décents et encadrés. c'est plus facile, merci bien.

que peut faire alors un chef d'établissement, une communauté éducative, face à ces demandes d'indication de savoir où se trouvent l'enfant x ou y afin de procéder à des contrôles voire à des arrestations de leurs parents ?
la réponse est là :

http://www.educationsansfrontieres.org/?article747

mais la crise, alors ?

niurf, broinf, me cago en la p... leche.

mais je peux vous conseiller d'écouter ce podcast d'une émission de france culture dont l'invité principal était ce matin frédéric lordon ( auteur d'un bon article dans le monde diplomatque sur la façon dont les médias se laissent contrôler par une petite troupe d'experts issus tous, absolument tous, du même moule...à gauffres ).

le feu aux fesses qui flamboie aujourd'hui fait que certains ont les doigts qui roussissent ( sous prétexte que chacun est libre de mettre ses doigts où il veut )alors ils les emploient maintenant à porter les sauts percés qui vont peut-être leur permettre de trouver de l'eau dans d'autres puits que ceux de la doxa libérale ( qui ne sait plus ce que veut dire ce mot, qui a tout oublié des préceptes et des exemples de penseurs tel que thomas paine . l'important c'est d'avoir une "marque". peu importe l'histoire et les obligations morales qu'elle implique. fatras d'inconséquence ).

donc, le lordon. un vrai cake je vous dis . on l'écoute là :

http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/economie/index.php?emission_id=28

jeudi 16 octobre 2008

Acrimed où ça fait mal et c'est bon



voilà une des raisons qui font que je ne regarde plus jamais la grand messe télévisée dite aussi communément "journal" de 13 ou de 20 heures depuis pffuuii... la naissance de monsieur paul (le chauffeur de lady di, pour les amnésiques ou les anachorètes).
le site d'acrimed nous décortique comment hanna a plaqué gustav aux caraïbes pour s'envoyer en l'air avec pujadas en inde parce que la nouvelle-orléans c'est trop vraiment has been. du galastrophe et du catavoici en prime time.
heureusement la crise...rabibocha tous les guys de l'infotage de gueule.
c'est bô le XXI°siècle.

mercredi 8 octobre 2008

Chaque homme est une race


ce n'est qu'un témoignage. qu'un épiphénomène et chaque jour des hommes, pas plus bas de plafond que le reste de l'humanité, essaient de faire dignement le boulot de gardien de la paix en pensant peut-être que c'est un joli nom.
c'est vrai, c'est plutôt un titre glorieux. beaucoup sont certainement aussi mal dans leur peau et dans leur boulot que nous, quand on sent à l'air fétide ambiant que mr darcos a ouvert, encore, la bouche ou que lui, eux, vous, qui baissez la tête quand un collègue de bureau conchie la grève, les nantis, les fraudeurs, les racailles, les syndicats, les politicards, les putains d'étrangers et flatte bigard (bon ,plus maintenant. il est tricard. il a voulu faire de l'humour, un soir à la tv. mal lui en a pris.mais s'il s'est "dieudonnisé", la différence quand même c'est que le blackôbouc , lui, au moins, peut être très drôle, caustique et politique. jean-marie est le plus triste des cons que je connaisse) . et je ne parle pas des secrétaires vampirisées ou des ouvriers et ouvrières malmenés, malsalariés.
mais la profession de CRS attire certainement un pourcentage d'hortefeux fan's, au neurones ripolinés par des années de lepénisme actif, inconscient ou tendance cryptique. il faut dire que l'emploi en lui-même a les entournures pour aimanter un sacré agrégat de personnes avec une charcuterie -dont la capitale est à vire- en lieu et place de l'abat fort goûteux qui habituellemnt loge dans une boîte cranienne. ils peuvent même se doubler de pervers persuadés de leur droit et de leur juste combat à se retrouver au coeur d'un fait divers sordide mais bien représentatif d'une société qui croit avoir métabolisé la démocratie en ayant créé la télévision et ses présentateurs , les journalistes, les experts, les drh,les managers, les médiateurs, les cellules psychologiques, les courriers des lecteurs, internet, les sms pour voter à la star ac', plus belle la vie et les sondages d'opinions (j'allais oublier les économistes, pourtant en ce moment qu'est ce qu'ils métabolisent !).
ben, non. il faut , par exemple, "le contre journal" de libé pour sentir que ça pue encore, les remugles cloaqueux à jamais de notre inhumanité si on ne fait pas gaffe quand on a éteint l'écran, refermé "l'équipe" ou payé la dernière traite de la berline qui va sauver la planète.
voilà, donc, l'objet de mon ire et, à la fois, de ma protestation désabusée.

je voulais juste copier/coller le lien mais je crois qu'il faut que ça suinte jusqu'ici avec des vrais mots sur du vrai blanc de "detertulia" (surtout peut-être parce que la fin est moralement belle).

«Chaque homme est une race, monsieur le policier»

Poursuivi pour «outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique» Patrick Mohr, metteur en scène, et animateur de la compagnie du théâtre Spirale, doit comparaître le 13 octobre au tribunal correctionnel d'Avignon. Il dénonce, au contraire, les violences et l'agression qu'il a subies de la part des policiers, en plein festival d'Avigon. Son avocat, Me William Bourdon, annonce de son côté une plainte qui « établira la responsabilité des fonctionnaires dans cette bavure ».

«Je m'appelle Patrick Mohr. Je suis né le 18 septembre 1962 à Genève. Je suis acteur, conteur, metteur en scène et auteur. A Genève, je dirige une compagnie, le théâtre Spirale, et m’occupe également du festival « De bouche à oreille». Je viens régulièrement au festival d’Avignon pour y découvrir des spectacles du « in » et du « off ». Notre compagnie s’y est d’ailleurs produite à trois reprises. Le Lundi 21 juillet, je sors avec mon amie d’une représentation et nous prenons le frais à l’ombre du Palais des Papes. Il y a foule sur la place, nous assistons avec plaisir à un spectacle donné par un couple d’acrobates. J’entends le son d’un Djembé derrière moi. Le percussionniste est accompagné par un joueur de Kamele Ngoni. A peine les musiciens africains commencent-ils à jouer, qu’un groupe de C.R.S se dirige vers eux pour contrôler leur identité.

J'ai pensé que l’on se trouvait dans un haut lieu culturel et touristique, dans une démocratie, et que j’avais le droit de m’exprimer face à ce qui me semblait une injustice. Il s’agissait pour moi d’un acte citoyen. J’ai donc abordé un des C.R.S et lui ai demandé :

« Pourquoi contrôlez vous ces artistes en particulier et pas tous ceux qui se trouvent sur la place? »
« Ta gueule, mêle-toi de ce qui te regardes! »

J’ai poursuivi : « Justement ça me regarde. Votre attitude me semble discriminatoire. »
« Tes papiers ! »
« Je ne les ai pas sur moi, mais on peut aller les chercher dans la voiture. »
« Mets-lui les menottes ! »
« Mais vous n’avez pas le droit de… »
Ces mots semblent avoir mis le feu aux poudres.
« Tu vas voir si on n’a pas le droit.»
Et brusquement ils se sont jetés sur moi avec une sauvagerie inouïe. Mon ami et les curieux qui assistaient à la scène ont reculé, choqués, alors qu’ils me projetaient au sol, me plaquaient la tête contre les pavés, me tiraient de toutes leurs forces, les bras en arrière et m’enfilaient des menottes. Les bras dans le dos, ils m’ont relevé et m’ont jeté en avant en me retenant par la chaîne. La menotte gauche m’a tordu le poignet et a pénétré profondément mes chairs. J’ai hurlé : « Vous n’avez pas le droit, arrêtez, vous me cassez le bras ! » « Tu vas voir ce que tu vas voir espèce de tapette. Sur le dos ! Sur le ventre ! Sur le dos, je te dis, plus vite, arrête de gémir ! » Et ils me frottent la tête contre les pavés me tordent et me frappent, me traînent, me re-plaquent à terre. Des gens s’indignent, sifflent, mais personne n’ose interrompre cette interpellation.
Je suis traîné au sol et malmené jusqu’à leur fourgonnette qui se trouve à la place de l’horloge 300 mètres plus bas. Là ils me jettent dans le véhicule, je tente de m’asseoir mais l'un des policiers me donne un coup pour me faire tomber entre les sièges, face contre terre, il me plaque un pied sur les côtes et l’autre sur la cheville il appuie de tout son poids contre une barre de fer. "c'est pour ma sécurité " déclare il narquois. Jusqu’au commissariat de St Roch le trajet est court mais il me semble interminable.
Je vous passe les détails de l’interrogatoire que j’ai subi dans un état lamentable.
« Vous êtes de quelle nationalité ? » « Suisse. »
« Vous êtes un sacré fouteur de merde »
« Vous n’avez pas le droit de m’insulter »
« C’est pas une insulte, la merde » (Petit rire.)
Je comprends qu’ici on ne peut pas s’exprimer librement.
Ils font volontairement traîner avant de m’enlever les menottes.
Font semblant de ne pas trouver les clés. Je ne sens plus ma main droite.
Fouille intégrale. On me retire ce que j’ai, bref inventaire, le tout est mis dans une petite boîte.
« Enlevez vos vêtements ! » J’ai tellement mal que je n’y arrive presque pas.
« Dépêchez-vous, on n'a pas que ça à faire. La boucle d’oreille ! »
J’essaye de l’ôter sans y parvenir.
« Je ne l’ai pas enlevée depuis des années. Elle n’a plus de fermoir. »
« Ma patience à des limites vous vous débrouillez pour l’enlever, c’est tout ! »
Je force en tirant sur le lob de l’oreille, la boucle lâche.
« Baissez la culotte ! »
Je m’exécute. Après la fouille ils m’amènent dans une petite cellule de garde à vue.L’attente commence. Pas d’eau, pas de nourriture. Je réclame en vain de la glace pour faire désenfler mon bras. Je n’écris pas tout cela pour me lamenter sur mon sort. Je suis malheureusement bien conscient que ce qui m’est arrivé est tristement banal.J’ai un casier judiciaire vierge et suis quelqu’un de profondément non violent, par conviction. Après une nuit blanche vers 9h du matin on vient me chercher pour prendre mes empreintes et faire ma photo. Face, profil, avec un petit écriteau, comme dans les films. « Hee bien, ils vous ont pas raté. C’est les CRS, haa bien sur. » J’apprends que je suis poursuivi pour : « outrage, incitation à l’émeute et violence envers des dépositaires de l’autorité publique ». C’est vraiment le comble. Je les aurais soi disant agressés verbalement et physiquement. Je raconte ma version des faits. Ma déposition est transmise au procureur et vers midi je suis finalement libéré. J’erre dans la ville comme un boxeur sonné.
Je marche péniblement. Depuis ma sortie, nous sommes retournés sur la place des papes et nous avons réussi à trouver une douzaine de témoins. Ils certifient tous que je n’ai proféré aucune insulte, ni n’ai commis aucune violence. Les témoignages soulignent l’incroyable brutalité de l’intervention des CRS. J'espère toujours trouver quelqu'un qui ait filmé ou photographié la scène. Après 5 jours de recherches, soudain, un monsieur africain m’a abordé, c’était l’un des musiciens qui avait été interpellé. Il me cherchait depuis plusieurs jours. Il était profondément touché et surpris par mon intervention et m’a dit qu’il habitait Grenoble, qu’il avait 3 enfants et qu’il était français. Qu’il
viendrait témoigner pour moi. Qu’il s’appelle Moussa Sanou.
« Sanou , c’est un nom de l’ethnie Bobo. Vous êtes de Bobo-Dioulasso ? »
« Oui. » M’a-t-il répondu surpris.
Nous nous sommes souri et je l’ai salué dans sa langue en Dioula.
Il se trouve que je vais partir créer un spectacle prochainement à Bobo-Dioulasso au Burkina-Faso. La pièce qui est une adaptation de nouvelles de l’auteur Mozambicain Mia Couto s’appellera « Chaque homme est une race » et l'un des artistes avec lequel je vais collaborer se nomme justement Sanou. Coïncidence ? Je ne crois pas. Je suis content d’avoir défendu un ami, même si je ne le connaissais pas encore.
La pièce commence par ce dialogue prémonitoire.Quand on lui demanda de quelle race il était, il répondit : « Ma race c’est moi. » Invité à s’expliquer, il ajouta « Ma race c’est celui que je suis. Toute personne est à elle seule une humanité. Chaque homme est une race, monsieur le policier. »

mercredi 1 octobre 2008

On peut toujours s'abonner après une bonne bière


le périodique CQFD se plaint.
de quoi ?
qu'il n' y a plus de bière dans le frigo de la rédac'.
normalement, ici, on préfère arroser la jactance avec du liquide issu de jus de raisins fermentés, mais bon...coups et douleurs.
pourtant on va s'unir à l'appel pour trouver des abonnés au journal qui mord et qui fuit.
c'est dans acrimed et sur leur site qu'on en apprend un peu plus.
donc, ce qu'il faut détruire (CQFD) c'est à peu près tout ce qui porte l'étiquette libérale (mais au sens dévoyé de la fin du siècle dernier et du début de celui qui commence, hein). sauf, sauf, sauf...si j'ai bien compris :les champs de houblon.

c'est pas dur , la politique.

allez, aupa CQFD !

lundi 29 septembre 2008

Des voix ment(ent)



"de tertulia" se contente parfois de copier/coller des articles ou des contributions au débat ou à la polémique, voire au pamphlet tout simplement parce qu'il n'y a pas grand-chose, du moins sur le vif, à ajouter.
là, c'est un texte de la cimade paru dans le contre-journal de libé. soit dit en passant, le contre-journal est , avec les chroniques de pierre marcelle et quelques pages littéraires ou certains textes des "rebonds", voire , épars, des critiques ciné ou artistiques, le seul argument de poids qui différencie ce quotidien des autres. la palme du foutage de gueule revenant aux pages éco, société et aux terribles portraits qui achalandent la dernière page.
bref. la cimade.lisez et vous verrez comment insidieusement tout se dévoie et que ce dévoiement se planifie. les voix des sansvoix ? comment ? pardon ? ...ah, rien..j'avais cru entendre.


La dignité et le droit des personnes ne sont pas des parts de marché !»



«Nous sommes tombés des nues à la lecture du décret publié le 23 août par le ministère de l’immigration», rapporte Laurent Giovannoni, secrétaire général de la Cimade. L'accompagnement des étrangers en rétention serait éclaté en «huit lots» ouverts aux «personnes morales» par appel d'offres. «Le nouveau dispositif, s’il est maintenu, représenterait une régression et un alignement vers le bas.» Décryptage.




Laurent Giovannoni. « Lorsque la Cimade a accepté, en 1984, une mission d’accompagnement social des étrangers, c’était le tout début de la rétention et de l’expulsion des sans-papiers. Certains à la Cimade se demandaient si nous ne sortions pas de notre rôle en collaborant d’une certaine façon à une politique répressive. La Cimade a décidé d’y aller pour soutenir les personnes dans leurs droits, pour savoir ce qu’il se passait en rétention et assurer une fonction de contre-poids face à l’administration. De 1984 à 2002, nous avons travaillé sous le régime d’une convention passée avec le ministère des Affaires sociales. Par la qualité d’accompagnement des étrangers et l’expertise des dispositifs, notre intervention s’est trouvée, au fil des ans, reconnue comme une mission d’ONG ayant pour objectif le respect des droits fondamentaux de la personne.


Cette reconnaissance s’est manifestée, en 2001, par la publication d’un décret prévoyant que l’Etat doit passer une convention avec une association de dimension nationale pour « aider les étrangers dans l’exercice de leurs droits » en rétention. Elle s’est transformée juridiquement en marché public en 2003 du fait de l’interprétation par les pouvoirs publics des règles européennes. Le ministère a donc lancé un appel d’offres simplifié en 2003 et en 2006 pour des contrats de trois ans, mais qui ne modifiaient pas la mission d’ensemble dévolue à l’association.

A l’automne 2007, le ministère de l’Immigration nous a fait savoir qu’il avait l’intention - fin 2008 - de modifier le dispositif afin d’introduire plusieurs autres associations pour assurer la mission. Nous y étions favorables, d’autant que nous voulions engager des actions communes avec notamment le Secours catholique. Mais nous posions plusieurs conditions au ministère : que la nature de la mission ne soit pas modifiée, qu’elle soit mise en oeuvre par des associations de dimension nationale et ce en parfaite concertation. En mai dernier, le projet de décret a fait apparaître des exigences nouvelles de la part du ministère : dans un centre de rétention ne pourrait intervenir qu’une seule association ; l’appel d’offres serait éclaté en lots, ce qui contredisait l’exigence d’une mission nationale assurée par plusieurs.

Nous sommes tombés des nues à la lecture du décret publié au journal officiel le 23 août. Non seulement toutes nos demandes avaient été rejetées, mais nous découvrions alors que les « associations de dimension nationale» censées postuler à l’appel d’offres avaient été remplacées par toute « personne morale ». C'est-à-dire qu’un organisme parapublic pourrait présenter sa candidature… Quant à la dimension nationale de l’association, elle disparaît. Les équipes mixtes (et donc la « diversité ») que nous demandions sont interdites dans les centres. Et dans la foulée, l’appel d’offres est éclaté en huit lots géographiques indépendants les uns des autres, et toute « personne morale » peut y postuler. S’ajoutent des clauses de « confidentialité » et de « neutralité » pour une mission réduite à un rôle « d’information ».

Le ministère de l’Immigration veut donc appliquer une logique de marché libéral à la défense des droits des étrangers. Le coeur de notre divergence est là ! On veut faire passer la défense des droits et de la dignité des personnes, fonction des ONG, dans le domaine du marché libéral et de la concurrence entre « prestataires de service ». Nous disons que la dignité et le droit des personnes ne sont pas des parts de marché !

Dans l’action quotidienne, il faut une complémentarité entre les acteurs associatifs, et ce sur l’ensemble du territoire, parce que les étrangers sont fréquemment transférés d’un endroit à un autre. Lorsqu’un bébé de 3 semaines est arrivé en rétention avec sa mère à Rennes, l’arrestation avait eu lieu à Gien, le père avait été transféré au Mesnil Amelot, près de Roissy. Pour avoir un suivi de qualité, il faut que l’association ou la mission soit de dimension nationale. Sinon, la qualité de l’accompagnement et de la défense des étrangers sera très affaiblie.



Alors que les associations ont cette capacité de maîtriser l’ensemble du dispositif, par la connaissance des pratiques préfectorales, policières ou judiciaires, le décret du 23 août et l’appel d’offres nous font craindre la disparition de l’expertise, par l’introduction d’une concurrence absurde en cette matière entre les acteurs (les« personnes morales »). Le rôle de contrepoids qui nous était dévolu sera singulièrement affaibli. Quelle capacité de discussion avec les administrations locales ou centrales peut-on avoir si chacun ne voit qu’un morceau du dispositif ? Ces nouvelles dispositions vont affecter la capacité de témoigner ou de contester des décisions émanant de pouvoirs locaux.

On ne peut pas ne pas relier ces projets à l’approbation de la « directive retour » par l’Union européenne en juin dernier et la banalisation de l’enfermement comme mode de gestion des migrations. Jusqu’à présent, par rapport aux autres pays d’Europe, le dispositif français était celui qui protégeait le moins mal les droits fondamentaux des personnes, grâce aux garanties juridiques existant et à la transparence permise par la présence d’ONG. La France était le seul Etat à confier une mission d’accompagnement juridique et social à une association non gouvernementale. Le nouveau dispositif, s’il est maintenu, représenterait une régression et un alignement vers le bas. »