samedi 10 avril 2010

Ne pas vivre les yeux fermés


Le collectif item réunit 4 photographes Marc Bonneville, Franck Boutonnet Romain Etienne et Bertrand Gaudilère.
Collectif, n'est pas une etiquette mais une façon de travailler et de décider ensemnble pour défendre des valeurs commues. Un engagement qui ne concerne pas que le choix des sujets, mais aussi la facon de faire au quotidien.
L'image est notre langage. Elle fait débat. Nous la conjuguons au singulier comme au pluriel.
Les travaux personnels et collectifs sont une voix pour témoigner du monde qui nous entoure, le contester ou l'interroger, parce qu'un photographe ne peut pas vivre les yeux fermés.
( extrait du site du collectif )

mercredi 24 mars 2010

Une prière au Saint Pou

le 8 Avril sera El dia internacional del Pueblo Rom y Gitano .
lors de cette journée festive et militante on évoquera certainement les effroyables années où le peuple dit " tsigane " fut victime de la politique d'extermination du III° Reich.
Des historiens ont fait leur travail. ( Henriette Asséo et Denis Pechanski notamment ) mais, même si les choses bougent et que le dernier film de Gatlif donne une visibilité à ce point d'histoire jusque-là plutôt confiné au monde universitaire, il n'en reste pas moins  que le génocide de ce peuple , qu'il faut nommer " Samudaripen " en langue romani , fait l'objet de peu d'écho dans la mémoire collective.



Cette entrée me permet de rendre hommage à ce fanal poético-politique  qu'est Jerzy Ficowski avec ce texte :

UNE PRIERE AU SAINT POU *


C'était au printemps de 1944
pendant l'épouillage du bloc gitan
au camp d'Auschwitz Birkenau

les jupes les châles
se fanaient à l'épouillage
dans le camouflage de leurs couleurs


coquelicots iris bleuets
au cas où un champ
qui n'adviendra jamais


La Gitane dans les douches de birkenau
dépouillée de ses couleurs
tient son poing serré
vêtue
de longs plis d'eau


elle cache dans sa main
un grain de vie
une semence de secours
entre la ligne de vie
et la ligne de cœur
au croisement des chemins
de la chiromancie


elle cache dans son poing
le dernier pou
un pou s'en va toujours
quand arrive la mort
la Gitane chante
aux douches de birkenau


svanta djouv
na dja mandyr


saint pou
ne m'abandonne pas
je ne te laisserai pas partir
toi seul m'es resté
il n'y a pas de dieu en enfer


tes frères abandonnent
nos morts
reste avec moi
sauve-moi
saint pou


le kapo accourut avec sa cravache
tord les doigts
qu'est-ce que tu tiens là voleuse montre
ce brillant
cette pièce cet or

le pou est tombé
l'étoile est tombée


reste une paume vide
un ciel vide
où monte
fumée après fumée
fumée après fumée.

Jerzy Ficowski
( " Tout ce que je ne sais pas " traduit du polonais par Jacques Burko / Buchet-Chastel / collection Poésie, 2005 )

* Les Gitans croient que, mus par l'instinct, les poux abandonnent celui qui va mourir, un peu comme les rats quittent un navire condamné (NdT)

nb : Ce poème a également été publié dans le n° 36 de la revue Diasporiques dans un dossier que Jacques Burko a consacré à la poésie polonaise face au génocide ( source :  Florence Trocmé site Poezibao ).



jeudi 14 janvier 2010

Haïti



Haïti, liée au souvenir d'une rencontre brève mais intense au Glob Théâtre de Bordeaux avec un de ses poètes qui souffle le vent  des exils apatrides pour mieux récolter ses attaches ( le Canada étant devenu la seconde demeure familiale , celle des résistances ) : Joël Des Rosiers.
il y avait Nicole et Didier et amenés par Marie, des visages plus jeunes aussi, pendus d'abord à nos lèvres et puis aux siennes. offrande de la lecture puis des écoutes.
aujourd'hui c'est vers ce souvenir que je me tourne et ses palétuviers, ce vétiver pour couturer  la douleur en fragments.

 " la piste
longue épitaphe pour les arbres disparus
honneur respect gommiers calebassiers
sentiments semés dans la poussière
quelquefois
la douleur au bout de la langue
s’élance la jeep cinq heures fauves
sucer
ton pouce dans l’absence des années
hormis les herbes amères l’horreur de perdre
l’enfance
il est odieux de ne pas pleurer "

( Joël Des Rosiers / savanes / 1993 / éd. tryptique )

dimanche 3 janvier 2010

Pour qu'il sourit, para siempre



" Dans un champs, la montre du tableau de bord reste bloquée à 13h55 ".
ces mots, à la page 753 de la bio d' Olivier Todd consacrée à Albert Camus, sont un peu détrempés dans l'exemplaire que je possède.
si quelqu'un lèche la page il y trouvera un goût de sel.
pas celui des "Noces" ou de "l'été", mais le lacrymal, oui.
j'ai donc un rapport romantique, charnel, puissant et passionné avec l'écrivain , l'homme révolté, le journaliste de "Combat", l'algérois de Belcourt, le prix nobel, l'ami de Char, le soutien indéfectible de l'Espagne de la libre pensée, l'auteur de certaines des plus belles pages de la littérature du XX° siècle. n'en déplaise aux contempteurs.
il fut de bon ton de lui passer le couteau du fiel ou de l'indifférence sous la gorge ( un auteur pour classes de terminales...ouais...et alors ? dévorer Stevenson quand on a dix ans n'est-ce pas fondamental ? et Marx, il faut le lire à quel âge ? si c'est pour le comprendre à 80 piges, on voit le parcours ).


aujourd'hui, on se complait à l'encenser. surtout dans le camp vers lequel, s'il vivait, il n' aurait que son mépris à retourner.
Jeanyves Guérin, qui a dirigé l'excellent dictionnaire Albert Camus ( collection "Bouquins" chez Laffont ),  n'en pense pas moins :
« Celle de Camus ( nb : il parle de récupération ) par Sarkozy est idiote et scandaleuse. La politique sarkozyste est anticamusienne au possible. Camus, qui n'a jamais appelé à voter que pour Mendès France, n'aimait pas fréquenter les hommes politiques, ... "Combat" ne leur a jamais donné une tribune, et lui-même a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle.»

car le pouvoir voudrait le panthéoniser.
c'est à dire le tuer une seconde fois. ou le replonger dans l'oubli , le dédain, l'ostracisme dont il fut victime après son prix et ensuite, après 68, quand même Bourdieu, mon cher Bourdieu, s'en prit à la figure de celui dont il aurait dû percevoir cet élan qui jamais ne le fit passer du côté des héritiers, puisque non issu de cette souche (bien au contraire, allez trouver un personnage public plus prolétaire de par ses origines ! ) mais qui non plus au cours de sa vie n'adopta ou ne copia leurs manières.




des erreurs ?...ben , évidemment ( on ne va pas lister ses clairvoyances, aujourd'hui il y a pléthore de distribution de bon points par la clique à claques ).
pas à foison, mais tout de même.
son passage " à côté " de cet "inconscient colonial" ( E. Saïd ) qui nimbait sa manière de ne pas parler vraiment de l'aspiration des peuples à disposer d'eux-mêmes, par exemple. pourquoi le planquer ?
il n' y aucune raison et , a contrario , il faut s'en emparer pour mieux cerner les positions intellectuelles de tout un chacun de cette époque pour mieux éprouver les nôtres aujourd'hui.

alors , ce panhéon ?
"laissons-le à Lourmarin", a-t-on dit avec justesse ( certains pensent différemment, pour de bonnes raisons et eux, je les respecte, mais ma raison , ici , ne commande rien, je lui désobéis. ).
mais oui, nom de dieu ! laissons ses os tranquiles. dans un silence et une nature qui n'appartiennent à personne.
Camus le maritime, l'amoureux des épines dans ce sépulcre minéral ? quelle horreur.



et puis soyons réalistes , qui a écrit ceci :

"chaque fois que j'entends un discours politique ou que je lis ceux qui nous dirigent, je suis effrayé depuis des années de n'entendre rien qui rende un son humain. ce sont toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges."

qui , alors ?
Camus ?
oui, Camus qu'on entendra loué si jamais le président de ce gouvernement dont un ministère s'intitule " de l'immigration et de l'identité nationale " s'obstine à nous faire croire qu'il s'est converti à ce un trait remarquable de l'écrivain  : le "non-conformisme"  ...


alors, pro-Camus après que d'être anti-sarkosyste primaire ?
peut-être.
mais en s'appuyant sur ce que fut l'homme de lettres et l'homme tout court.
car demain : socialiste libertaire , le pote à Arnaud, Bouygues, Bolloré et consorts ?
allons, un peu de sérieux.
pense-t-on que l'auteur de "l'homme révolté" puisse être porté aux nues par celui qui a dit à Dakar que certains n'étaient pas encore entrés dans l'histoire ?
qui peut s'imaginer, sans éclater de rire ou de larmes, Guaino préparant une bafouille, le stylo entre les dents, pour honorer celui qui disait des semblables de cette bête de somme du pouvoir qu'ils sont " des hommes sans idéal et sans grandeur " ?
etcetera, etcetera...  ( et pourtant le Mimi , il m'exaspère ).



Catherine Camus prendra, paraît-il, sa décision demain d'apporter ou non son soutien à l'initiative élyséenne. son frère jumeau, Jean, a déjà répondu par la négative.
chère Catherine, bon sang ne saurait mentir.
vous avez dit il y a quelque temps préférer "ramasser des olives" plutôt que d'entrer en polémique. quelle magnifique réponse.
restez-en là. dans le doute, l'écrivain-philosophe, votre père avant toute chose,  aura toujours préféré s'abstenir que d'asséner. pensez-y.
alors, de Lourmarin à Tiphasa, tous les oliviers ploieront pour vous rendre grâce.
et Albert , para siempre , sourira, soyez-en sûre.

mercredi 23 décembre 2009

La terre a fait un voeu




je fais mien les voeux de france terre d'asile et les mots de Magyd Cherfi vont droit au palpitant.
cliquez sur le lien.




jeudi 19 novembre 2009

Identité nationale, entre les flaques





Vous n'avez pas idée comme je slalome, depuis un mois. Je slalome entre les flaques. Il y en a partout. Une vraie infection. Des flaques de quoi ? Des flaques d'identité nationale, évidemment. Partout. A la une des journaux. Dans les bulletins d'info des radios. Jusqu'au coeur des faits divers, des polémiques littéraires, des papiers de sport. Il a réussi son coup, Besson. Dès le premier jour, je m'étais promis d'éviter. J'espère que jusqu'ici, vous appréciez la performance. Mais à ce rythme, bientôt, il ne me restera que la lune. On vient d'y découvrir aussi des flaques. Mais ouf, ce n'est que de l'eau.
Rien que ce matin. Titres de presse, sur France Inter. "Libé fait une grande opération sur l'identité nationale des philosophes". Très bien. La semaine prochaine, les géographes, ou les boulangers. Parfait. Il faut les voir tous se précipiter, sur l'air de "on sait bien que c'est une diversion, ce coup de l'identité, on n'est pas dupes, on ne nous la fait pas, mais on ne peut quand même pas laisser Besson occuper le terrain" (Ah tiens, pourquoi pas?) "Et d'ailleurs, cela intéresse les Français" (Ah ben, si vous le dites...) Pendant ce temps, globalement, de fronde des barons en mouvement d'humeur des notables, la grande opération sarkozyste de re-centralisation est en train de passer comme une lettre à la poste.
Sinon, on a sport. Si vous n'avez pas suivi ( je sais que vous êtes parfois distraits), il y a eu foot, hier soir. Et il y a même eu une main de Thierry Henry. A quelque chose, tricherie est bonne, me dis-je. En plongeant hardiment dans les flaques de foot, on va peut-être pouvoir éviter les flaques d'IN. Allons donc ! Tu rêves. Elkabbach a invité Finkielkraut. Pour nous offrir une vue panoramique sur la main, il faut rien moins que Finkielkraut. Donc, Finkielkraut condamne la main. La main lui a gâché sa soirée. Tiffosi occasionnel, le philosophe reste philosophe. Mais heureusement, ajoute Finkielkraut, Thierry Henry a reconnu sa main. Ainsi, se réjouit Finkielkraut, "la France ne s'est pas tiers-mondisée". Car une chose sépare les tiers-mondisés des développés que nous sommes. Le tiers-mondisé ajoute l'infâmie à la gruge, en ne reconnaissant pas sa gruge. Le développé a la tricherie chevaleresque. C'est aussi une composante de l'identité nationale. Et flac, dans la flaque.

Par Daniel Schneidermann le 19/11/2009 ( copié/collé de son billet  " le neuf-quinze " )

ps : on remarquera comment des sites type france-info ( cf le lien en surbrillance ) ont élagué dans les finky's propos. la phrase sur la tiers-mondisation s'en trouvant , par un coup de main divin là aussi en quelque sorte,  expulsée.