jeudi 14 janvier 2010

Haïti



Haïti, liée au souvenir d'une rencontre brève mais intense au Glob Théâtre de Bordeaux avec un de ses poètes qui souffle le vent  des exils apatrides pour mieux récolter ses attaches ( le Canada étant devenu la seconde demeure familiale , celle des résistances ) : Joël Des Rosiers.
il y avait Nicole et Didier et amenés par Marie, des visages plus jeunes aussi, pendus d'abord à nos lèvres et puis aux siennes. offrande de la lecture puis des écoutes.
aujourd'hui c'est vers ce souvenir que je me tourne et ses palétuviers, ce vétiver pour couturer  la douleur en fragments.

 " la piste
longue épitaphe pour les arbres disparus
honneur respect gommiers calebassiers
sentiments semés dans la poussière
quelquefois
la douleur au bout de la langue
s’élance la jeep cinq heures fauves
sucer
ton pouce dans l’absence des années
hormis les herbes amères l’horreur de perdre
l’enfance
il est odieux de ne pas pleurer "

( Joël Des Rosiers / savanes / 1993 / éd. tryptique )

dimanche 3 janvier 2010

Pour qu'il sourit, para siempre



" Dans un champs, la montre du tableau de bord reste bloquée à 13h55 ".
ces mots, à la page 753 de la bio d' Olivier Todd consacrée à Albert Camus, sont un peu détrempés dans l'exemplaire que je possède.
si quelqu'un lèche la page il y trouvera un goût de sel.
pas celui des "Noces" ou de "l'été", mais le lacrymal, oui.
j'ai donc un rapport romantique, charnel, puissant et passionné avec l'écrivain , l'homme révolté, le journaliste de "Combat", l'algérois de Belcourt, le prix nobel, l'ami de Char, le soutien indéfectible de l'Espagne de la libre pensée, l'auteur de certaines des plus belles pages de la littérature du XX° siècle. n'en déplaise aux contempteurs.
il fut de bon ton de lui passer le couteau du fiel ou de l'indifférence sous la gorge ( un auteur pour classes de terminales...ouais...et alors ? dévorer Stevenson quand on a dix ans n'est-ce pas fondamental ? et Marx, il faut le lire à quel âge ? si c'est pour le comprendre à 80 piges, on voit le parcours ).


aujourd'hui, on se complait à l'encenser. surtout dans le camp vers lequel, s'il vivait, il n' aurait que son mépris à retourner.
Jeanyves Guérin, qui a dirigé l'excellent dictionnaire Albert Camus ( collection "Bouquins" chez Laffont ),  n'en pense pas moins :
« Celle de Camus ( nb : il parle de récupération ) par Sarkozy est idiote et scandaleuse. La politique sarkozyste est anticamusienne au possible. Camus, qui n'a jamais appelé à voter que pour Mendès France, n'aimait pas fréquenter les hommes politiques, ... "Combat" ne leur a jamais donné une tribune, et lui-même a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle.»

car le pouvoir voudrait le panthéoniser.
c'est à dire le tuer une seconde fois. ou le replonger dans l'oubli , le dédain, l'ostracisme dont il fut victime après son prix et ensuite, après 68, quand même Bourdieu, mon cher Bourdieu, s'en prit à la figure de celui dont il aurait dû percevoir cet élan qui jamais ne le fit passer du côté des héritiers, puisque non issu de cette souche (bien au contraire, allez trouver un personnage public plus prolétaire de par ses origines ! ) mais qui non plus au cours de sa vie n'adopta ou ne copia leurs manières.




des erreurs ?...ben , évidemment ( on ne va pas lister ses clairvoyances, aujourd'hui il y a pléthore de distribution de bon points par la clique à claques ).
pas à foison, mais tout de même.
son passage " à côté " de cet "inconscient colonial" ( E. Saïd ) qui nimbait sa manière de ne pas parler vraiment de l'aspiration des peuples à disposer d'eux-mêmes, par exemple. pourquoi le planquer ?
il n' y aucune raison et , a contrario , il faut s'en emparer pour mieux cerner les positions intellectuelles de tout un chacun de cette époque pour mieux éprouver les nôtres aujourd'hui.

alors , ce panhéon ?
"laissons-le à Lourmarin", a-t-on dit avec justesse ( certains pensent différemment, pour de bonnes raisons et eux, je les respecte, mais ma raison , ici , ne commande rien, je lui désobéis. ).
mais oui, nom de dieu ! laissons ses os tranquiles. dans un silence et une nature qui n'appartiennent à personne.
Camus le maritime, l'amoureux des épines dans ce sépulcre minéral ? quelle horreur.



et puis soyons réalistes , qui a écrit ceci :

"chaque fois que j'entends un discours politique ou que je lis ceux qui nous dirigent, je suis effrayé depuis des années de n'entendre rien qui rende un son humain. ce sont toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges."

qui , alors ?
Camus ?
oui, Camus qu'on entendra loué si jamais le président de ce gouvernement dont un ministère s'intitule " de l'immigration et de l'identité nationale " s'obstine à nous faire croire qu'il s'est converti à ce un trait remarquable de l'écrivain  : le "non-conformisme"  ...


alors, pro-Camus après que d'être anti-sarkosyste primaire ?
peut-être.
mais en s'appuyant sur ce que fut l'homme de lettres et l'homme tout court.
car demain : socialiste libertaire , le pote à Arnaud, Bouygues, Bolloré et consorts ?
allons, un peu de sérieux.
pense-t-on que l'auteur de "l'homme révolté" puisse être porté aux nues par celui qui a dit à Dakar que certains n'étaient pas encore entrés dans l'histoire ?
qui peut s'imaginer, sans éclater de rire ou de larmes, Guaino préparant une bafouille, le stylo entre les dents, pour honorer celui qui disait des semblables de cette bête de somme du pouvoir qu'ils sont " des hommes sans idéal et sans grandeur " ?
etcetera, etcetera...  ( et pourtant le Mimi , il m'exaspère ).



Catherine Camus prendra, paraît-il, sa décision demain d'apporter ou non son soutien à l'initiative élyséenne. son frère jumeau, Jean, a déjà répondu par la négative.
chère Catherine, bon sang ne saurait mentir.
vous avez dit il y a quelque temps préférer "ramasser des olives" plutôt que d'entrer en polémique. quelle magnifique réponse.
restez-en là. dans le doute, l'écrivain-philosophe, votre père avant toute chose,  aura toujours préféré s'abstenir que d'asséner. pensez-y.
alors, de Lourmarin à Tiphasa, tous les oliviers ploieront pour vous rendre grâce.
et Albert , para siempre , sourira, soyez-en sûre.

mercredi 23 décembre 2009

La terre a fait un voeu




je fais mien les voeux de france terre d'asile et les mots de Magyd Cherfi vont droit au palpitant.
cliquez sur le lien.




jeudi 19 novembre 2009

Identité nationale, entre les flaques





Vous n'avez pas idée comme je slalome, depuis un mois. Je slalome entre les flaques. Il y en a partout. Une vraie infection. Des flaques de quoi ? Des flaques d'identité nationale, évidemment. Partout. A la une des journaux. Dans les bulletins d'info des radios. Jusqu'au coeur des faits divers, des polémiques littéraires, des papiers de sport. Il a réussi son coup, Besson. Dès le premier jour, je m'étais promis d'éviter. J'espère que jusqu'ici, vous appréciez la performance. Mais à ce rythme, bientôt, il ne me restera que la lune. On vient d'y découvrir aussi des flaques. Mais ouf, ce n'est que de l'eau.
Rien que ce matin. Titres de presse, sur France Inter. "Libé fait une grande opération sur l'identité nationale des philosophes". Très bien. La semaine prochaine, les géographes, ou les boulangers. Parfait. Il faut les voir tous se précipiter, sur l'air de "on sait bien que c'est une diversion, ce coup de l'identité, on n'est pas dupes, on ne nous la fait pas, mais on ne peut quand même pas laisser Besson occuper le terrain" (Ah tiens, pourquoi pas?) "Et d'ailleurs, cela intéresse les Français" (Ah ben, si vous le dites...) Pendant ce temps, globalement, de fronde des barons en mouvement d'humeur des notables, la grande opération sarkozyste de re-centralisation est en train de passer comme une lettre à la poste.
Sinon, on a sport. Si vous n'avez pas suivi ( je sais que vous êtes parfois distraits), il y a eu foot, hier soir. Et il y a même eu une main de Thierry Henry. A quelque chose, tricherie est bonne, me dis-je. En plongeant hardiment dans les flaques de foot, on va peut-être pouvoir éviter les flaques d'IN. Allons donc ! Tu rêves. Elkabbach a invité Finkielkraut. Pour nous offrir une vue panoramique sur la main, il faut rien moins que Finkielkraut. Donc, Finkielkraut condamne la main. La main lui a gâché sa soirée. Tiffosi occasionnel, le philosophe reste philosophe. Mais heureusement, ajoute Finkielkraut, Thierry Henry a reconnu sa main. Ainsi, se réjouit Finkielkraut, "la France ne s'est pas tiers-mondisée". Car une chose sépare les tiers-mondisés des développés que nous sommes. Le tiers-mondisé ajoute l'infâmie à la gruge, en ne reconnaissant pas sa gruge. Le développé a la tricherie chevaleresque. C'est aussi une composante de l'identité nationale. Et flac, dans la flaque.

Par Daniel Schneidermann le 19/11/2009 ( copié/collé de son billet  " le neuf-quinze " )

ps : on remarquera comment des sites type france-info ( cf le lien en surbrillance ) ont élagué dans les finky's propos. la phrase sur la tiers-mondisation s'en trouvant , par un coup de main divin là aussi en quelque sorte,  expulsée.

vendredi 30 octobre 2009

Butin de pays


je lis :

" j'écris en français, mieux que les français, pour dire que je ne suis pas français. " ( kateb yacine ).

plus loin : cette langue de la colonisation c'est " un butin de guerre ".

cette langue justement, qui, dans le futur débat bâton merdeux qui s'annonce sur l'identité nationale, aura à coeur de la mettre en avant ?

qui osera rappeler les mots de l'auteur de " Nedjma ", son indiscipline poétique dans un français de l'invention que personne n'oserait qualifier comme n'appartenant pas à ce débat, je répète, misérable qui s'annonce ?

alors je dis :

avoir vécu sétif et aimer à ce point la langue de ceux qui ont tiré ce jour-là, oui, ça c'est une identité. une véritable identité.
oui , l'identité est un butin. pillez-moi, scande la langue.
et pas l'orfraie qui crie au viol et au massacre.



dans le rétro, la nationale. dans le rétro.
et besson ?
dans le mur.

nb : l'illustration est de mustapha boutadjine.

samedi 9 mai 2009

Coupat , forcément coupat



en ce moment , sur le bon blog de didier jacob ( critique littéraire au, hum hum, au nouvel obs, donc...non, non ne fuyez pas, le bonhomme est plus intéressant que sa fonction ne pourrait le laisser paraître ), on peut lire ce qui suit concernant un nouveau rebondissement dans , on dira pour faire court , "l'affaire julien coupat ".
y esto vale su peso d'arachides.
allez, bonne lecture et on se retrouve plus bas.

Nos bibliothèques sont-elles coupables?

Si ce n'est toi, c'est donc ton étagère. L'affaire Coupat tournant à la débande politico-judiciaire, c'est maintenant aux livres de Julien que s'attaque la police, faute, évidemment, d'avoir pu prouver d'une quelconque manière la culpabilité de l'intéressé. Quand l'instruction est à poil, il y a toujours les bouquins de la communauté («5000», annonce la police, exagérant sans doute le chiffre comme si trop de lectures trahissait à l'évidence un dérèglement intellectuel et signalait le délinquant en puissance). Et l'on ne peut s'empêcher de considérer avec amusement ce renversement du discours habituel des forces de l'ordre, visant toujours à minorer tous les chiffres - de la délinquance, du nombre de badauds venus à la manif. Oui, c'est ainsi qu'il faut lire ce fort chiffre de «5000» bouquins trouvés dans la bibliothèque de Coupat: la Justice n'a rien contre lui.



«Il pouvait oublier de manger ou de dormir pour lire». Dixit, selon Libération (l'article de Gaël Cogné date du 21 avril), un ancien condisciple du fameux terroriste. Il n'est pas normal, vous voyez. Est-ce qu'on ne vous le disait pas, que ça allait mal tourner? Que, à force de bouquiner nuit et jour, ça finirait par jouer de la pince monseigneur pour empêcher les Corail de circuler. Lire, comme boire un verre: un ça va, deux, bonjour les... Pas fâchés d'avoir enfin mis à jour le mobile du crime, nos fins limiers de la PJ parlent d'écrits «qui légitiment les attaques contre l'Etat». Si seulement c'était vrai! Si tous les lecteurs de Dostoïevski finissaient criminels! Si, à lire Max Gallo, on devenait chauve, et cuistre en fréquentant de trop près notre Jacques Attali national. A vrai dire, c'est plutôt qu'on n'a pas assez lu Arsène Lupin, au Ministère de l'Intérieur, pour finir par légitimer ainsi ce qui n'est en somme qu'une énième déclinaison du délit de faciès.






Au fait, quels ouvrages? La gendarmerie n'ayant pas prévu, pour ses hommes, de stages en bibliothèques, le classement qu'elle a effectué le 11 novembre dernier est à prendre, on va le voir, avec des pincettes: «les archives, les pensées philosophiques, les ouvrages littéraires et l'histoire des civilisations.» 5000 ouvrages, donc (l'article de Libé précise que le brigadier à souligné ce chiffres en gras, tant il a dû lui paraître surhumain) mais seulement 27 qui, parmi eux, ont «retenu l'attention des enquêteurs». Ah bon? Seulement? Pas la peine de faire un foin avec les 5000 alors! Dieu merci, quelques livres d'auteurs «gauchistes» ont été aperçus: livres de Antonio Negri, d'un militant d'extrême-gauche allemand et d'un anar italien. Donc trois. A moins de devoir considérer comme dangereuse la thèse d'un professeur de sciences politiques à Montréal, «cité lors du contre-sommet de l'Otan».



Dans la catégorie brûlots, on note également un Tintin, version anticapitaliste, un livre de Nick Cohn, écrivain rock bien connu, et les «Techniques du chaos», de Timothy Leary. Qui s'est rendu célèbre en forçant les doses de tout, LSD surtout. Voyez, pas vraiment les grenades explosives annoncées. Vous me direz que Tintin, en héros guevariste, ou même Astérix tiens. Le petit village gaulois qui résiste aux à ces idiots de romains. Heureusement qu'ils ne l'avaient pas, celui-là, dans leur grange mal chauffée. Ils auraient pris perpét. Gauchistes, va!



L'histoire tournerait à la blague, si elle ne confirmait la méfiance fondamentale affichée au sommet de l'Etat à l'endroit de la culture. On regarde d'un sale oeil les chercheurs, parce qu'on se méfie de leurs livres. Et, bientôt, on va vouloir séparer les bons des mauvais. Une manière d'autodafé pratiqué en douceur. Lisez plutôt tel livre, va-t-on vous dire. Que tel autre. On va même s'y prendre tôt: Christine Albanel a annoncé récemment que chaque enfant recevrait à sa naissance un guide parental de conseils de lecture. Un «kit lecture», c'est le mot employé. Déjà, c'est joli. Ca donne une idée de ce qu'est un livre, pour la ministre qui veut faire lire. Un kit, c'est déjà moins chiant qu'un livre. En somme, c'est un deuxième carnet de santé. On saura si les enfants ont bien été vaccinés. De bouquiner.


alors ?
what do you opinate my amigos ?
on pourrait trouver cela effrayant dans l'échelle des escalades liberticides ( on pourra tout de même pétitionner si on veut. où ? ici ).
je trouve cela désopilant.
j'en arrive à me dire que finalement c'est bon signe.
ça craque de partout.
vivement que les calvi (c'est le premier qui me vient à l'esprit mais sans aucune animosité ) et autres faux bretteurs télévisuels s'emparent de cette énième surgissement du serpent de mer de l'affaire coupat ( dont les écailles sont en pâte en papier lors de cette ultime apparition mais le décor de ce conte de fées à l'envers est depuis longtemps en carton bollywoodien ) et nous organisent des débats où les diafoirus côtoieront les épigones de bayrou the " rebel rebel " .
la marrade !
assurée.
par contre , le fond du problème : un homme sous les verrous par mesure d'exception sans qu'aucune charge ne pèse contre lui me fait moins rire. quant au jeune homme en question il doit en pleurer de rage dans sa cellule.
mais ça nos "intellectuels" si prompts à s'érectionner en donneur de leçons de cuistrerie (comme le fait remarquer didier jacob, prenant l'attali pour étalon de la chose , ce qui est plutôt bien vu ) pour enfumer les débats n'en ont pas grand chose à battre.
là aussi, rire finalement.
mais canari.