mercredi 9 mai 2012

Un cordon bleu et du Lordon rouge


Décidément, une fois de plus , le Lordon fait mouche.
Enfin quelqu'un qui ouvre le débat à notre endroit, je veux dire les gens de gôche, du pusillanime socialiste ( le "saucisson" comme on dit par chez moi) au corseté FdG en passant par les adorateurs de la "secte" des experts en économies de "lémarché".
C'est , comme souvent chez Lordon, développé longuement mais écrit dans une belle langue jouissive.
Bref, c'est là :
http://blog.mondediplo.net/2012-05-02-Front-national-memes-causes-memes-effets#nh2

nb : en illustration "L'enlèvement d'Europe", mosaïque trouvée à Byblos .

mercredi 7 septembre 2011

Riches : la chasse est ouverte (D. Schneidermann)



Et si la pétition des méga-riches, premier fumigène de la rentrée , avait ouvert les vannes de la chasse aux simples riches ? (...)
La principale caractéritique d'une dynamique, c'est qu'une fois lancée, elle devient difficilement contrôlable. On dirait bien que c'est fait: la chasse aux simples riches est ouverte, dans un certain désordre. Dans un de ces micro-trottoirs dont France 2 a le secret pour éviter de traiter les sujets, Pujadas interrogeait mardi soir les passants sur la définition du riche. Au-dessus de combien ? 4000, 5000, 10 000 euros par mois ?
Cette guerre fait même rage à l'UMP, remarquait drôlement Thomas Legrand sur France Inter, sur fond de sondages catastrophiques pour Sarkozy, y compris sur sa crédibilité à réduire la dette. Va-t-on chasser uniquement les super-riches, ou tous les riches ? L'Elysée, à en croire Libé, serait hostile à descendre le plancher d'une taxe supplémentaire à 250 000 euros annuels, au lieu de 500 000, car cela laisserait penser qu'on s'en prend aux "classes moyennes". Cela laisse rêveur quant à la définition sarkozyste des "classes moyennes". On rêverait d'un micro-trottoir chez les députés UMP, pour les interroger, eux, sur leur définition du riche.
Tout se passe comme si la crise de l'été, la menace de la dégradation de la France, ou de l'explosion de la zone euro, ou des deux, avaient retourné en quelques semaines la "victoire idéologique" que Fillon se targuait d'avoir remportée en 2008. Réécoutons-le:
"on a emmené les Français sur le terrain idéologique que nous souhaitions, et c'est un grand motif de satisfaction".
Comme c'est loin ! En quelques semaines, une bonne partie de l'UMP est passée (verbalement) chez ATTAC. Le principe d'une taxation, même symbolique, des riches, et des biens consommés par les riches (les nuitées d'hôtels de luxe) ne fait plus d'obstacle pour personne. Face à cette spectaculaire conversion, on attend, en face, une gauche décomplexée, qui réhabilite l'impôt, et affiche effrontément son intention de trouver l'argent où il est: dans les poches des riches.
Curieusement, on ne la voit pas arriver.

mercredi 9 mars 2011

Pour une fois, lisons "Le Point"

...en tant qu'employeur de BHL, ce qui n'est pas une synécure au regard des élucubrations du philomédiocrate. Pôvre Giesbert !
Mais je ne crois pas, malheureusement , que l'oiseau aura "el pico clavao" bien longtemps. mais ça peut-être désopilant de le lire, pérorant à l'accoutumée, à côté des lignes le remettant à sa vraie place : celle de la grenouille ( ou du corbeau ) dans la fable du monde.
Tout est expliqué ici , chez ces frondeurs d'Acrimed.

vendredi 4 mars 2011

Bons baisers de Russie


Comme j'ai un peu Rozé Mour, le 007 du PAf,  dans le pif, je m'associe à cette louable initiative :

jeudi 3 mars 2011 à 11:49


Un Appel Du Comité De Soutien À Андрей Дмитриевич Zemmour (CDSÀAДZ)
par Sébastien Fontenelle

ASSEZ !
Comme disait Ивана Денисович : « Faut pas non plus trrrop pousser бабушка dans les orrrties, maudit большевик ».
Or : la « tyrannie communiste » ne met plus aucune limite à sa persécution du « brillant intellectuel » Андрей Дмитриевич Zemmour.
Ainsi.
Après avoir été publiquement soutenu par Thierritch Mariani et Lionnel Lucapov, du Parti régimaire, le « rare opposant » (c’est lui qui le dit comme ça, et comme il a raison) Андрей Дмитриевич Zemmour a dû endurer (alors même qu’il n’avait pas fini de rédiger sa chronique pour le journal de Sergueï Dassault, du Parti régimaire, qui l’emploie) une invitation du Parti régimaire - qui a poussé la brimade jusqu’à l’ovationner quand il a réclamé que soit enfin levé le joug des iniques lois où s’interdit l’étude dépassionnée de nos problèmes de voisinage.
Fut-ce tout ?
Non pas : on apprenait, dans L’Express et dans le même temps, qu’Андрей Дмитриевич Zemmour avait, supplémentaire vexation, « rencontré récemment » le chef de l’État français.

TROP, C’EST TROP.
Les soussignés entendent marquer, par le présent communiqué, qu’ils ne laisseront pas du tout déporter vers Gorki Андрей Дмитриевич Zemmour [1].

Les soussignés appellent tous les hommes libres du monde du même nom - et s’il y a des meufs, c’est bien aussi, tant qu’elles ne sont pas foulardées - à rejoindre le Comité De Soutien À Андрей Дмитриевич Zemmour (CDSÀAДZ).

Les soussignés lancent vers la tyrannie communiste cet avertissement solennel : vous ne mettrez pas impunément le brillant intellectuel Андрей Дмитриевич Zemmour en Sibérie.

Non, vous n’aurez pas, notre liberté de penser.

Pour le CDSÀAДZ : Андрей Дмитриевич Finkielkraut (philosophe), Андрей Дмитриевич Mélenchon (philosophe), Андрей Дмитриевич Pagny (philosophe).

Notes

[1] Et remercient Franz-Olivier Giesbert d’avoir eu le courage de les inviter à lire ce communiqué dans une émission où ils n’avaient plus été conviés depuis 15 jours, signe, entre tous, que nous sommes bel et bien sous le joug du communisme du vingt-et-unième siècle.

samedi 23 octobre 2010

Subjectifs objectifs

Des mirettes panoramiques sur l'actualité du monde, ça vous dit ?  Try " The Big Picture ".
Vous trouvez cet oeil-de-boeuf un peu creux car sans contenu ?
Essayer Frozn Piglet dans " C'est beau la photographie " ( Merci Marc) . Cuidao !!! contenu d'accord mais décalé, impertinent et je m'enfoutiste. ouis, je m'enfoutiste impliqué.

mardi 6 juillet 2010

Causeur cause


A lire, un article  paru sur le blog de Causeur et qui arrive ici grâce à l'ami Grandchamp (c'est le passage sur les flacons qui a certainement influé pour qu'il m'en parle ). c'est signé Jérôme Leroy.

Vivre plus pour buller plus
Un programme de riches qu'il faut appliquer aux pauvres


“Nous allons vivre de plus en plus longtemps et donc il va falloir travailler plus longtemps: nous en sommes tous d’accord.” Cette déclaration faite par Martine Aubry en juin 2010 semble parée de l’évidence du bon sens. Ce qui donne furieusement envie de la contester. Et les arguments ne manquent pas.


On a beau fumer, boire, se droguer, rouler vite, avoir des pratiques sexuelles à risque, vivre dans un environnement pollué, se nourrir de nourritures trafiquées par l’agro-industrie et boire des vins trop soufrés gorgés de levures exogènes, l’espérance de vie augmente. Bon, ce n’est pas de notre fait puisque nous, nous nous honorons d’une mauvaise réputation due pour l’essentiel à la pratique, parfois simultanée, de plusieurs des vices susnommés.

Il n’en demeure pas moins qu’une petite fille sur deux qui naît ces jours-ci sera centenaire. Pour ceux que ça intéresse, il vaudra donc mieux faire sa connaissance dans vingt-cinq ans que dans soixante-quinze. Que faire de ce temps libéré grâce notamment aux progrès de la médecine ? Fumer encore plus ? Boire de meilleurs flacons ? Multiplier encore les partenaires ? Ecouter des musiques lascives et lire des textes subversifs ? Et cela pendant les dix, vingt, trente ans à venir, une fois libérés de l’aliénation du travail ?

Même Dieu s’est reposé le septième jour

Eh bien, ne rêvez pas !

Un des principaux arguments utilisé par tous les politiques, et pratiquement admis comme allant de soi chez les syndicats est que oui, l’espérance de vie en augmentation justifierait que l’on travaille plus longtemps. Cela a l’air tellement logique, dit comme ça, tellement pétri de bon sens.

Il s’agit pourtant d’une illusion de sagesse, “une sagesse ingénieuse à se tourmenter, habile à se tromper elle-même, qui se corrompt dans le présent, s’égare dans l’avenir…”, aurait dit le Bossuet de l’oraison funèbre d’Henriette d’Angleterre. Il n’y a, de fait, aucune raison philosophique, théologique, métaphysique à travailler plus longtemps parce qu’on vit plus longtemps. Dieu lui-même Qui dispose pourtant d’une très grande espérance de vie a décidé de limiter Son œuvre à six jours, et le septième, Il se reposa, et il semble bien, étant donné l’état de la planète (carnages, famines, catastrophes écologiques, crises systémiques et récurrentes du capitalisme) qu’Il n’ait pas décidé de reprendre une quelconque activité jusqu’à présent.

L’espérance de vie et son augmentation, sont un don. Un don qui a coûté cher à ceux qui l’ont fait : c’est le don du travail des générations précédentes qui mouraient à la tâche dans les mines et les hauts-fourneaux. Leur travail a permis, comme disait déjà Descartes, “de nous rendre maître et possesseur de la nature”. Et pourquoi de tels sacrifices ? Par pulsion prométhéenne, par désir d’égaler Dieu ? Ou plus simplement pour construire un monde vivable pour vivre plus longtemps, justement ?

La richesse des riches, ce n’est pas l’argent mais le temps

Vouloir nous faire travailler plus parce qu’on vit plus longtemps, c’est donc une injustice et une punition, certainement pas du bon sens.

Injustice : c’est le Travail qui a permis les gains de productivités du Capital (Les Français, en la matière, contrairement aux idées reçues, ont une des meilleures productivités au monde.). Ces gains ont été redistribués de manière complètement marginale depuis la révolution industrielle : on a gagné le droit à quelques heures dans la semaine, quelques semaines dans l’année et quelques années sur une vie. Vouloir revenir en arrière en augmentant la durée du travail pour espérer ralentir la baisse tendancielle du taux de profit du capitalisme, c’est tout simplement comme si on décidait que des septuagénaires devraient monter sur des échafaudages pour terminer une dernière villa de luxe, sachant qu’ensuite, de toute manière, le propriétaire n’aura plus les moyens d’en construire une autre.

Punition : vouloir empêcher que sur des années entières des gens encore en bonne santé puissent profiter d’un temps libéré est en fait un moyen d’empêcher le monde du travail de découvrir ce qui fait la richesse des riches et qui n’est pas l’argent mais le temps.



On se souvient d’un de ces sociologues ou économistes médiatiques qui avait poussé l’indécence jusqu’à dire que du temps libéré pour les cadres, c’était très bien car ils allaient au théâtre et voir des expositions mais que pour les prolos, c’était du temps utilisé à boire, à jouer à des jeux de hasard, à battre leur femme et plus si affinités. Les gens riches, remarquait Fitzgerald, sont vraiment différents. Et on a vu ces dernières années que des gens riches, en France, c’était comme les pauvres, il y en avait de plus en plus. Ils le sont tellement que c’est eux qui vivent dans la société rêvée par Marx (qu’ils ont bien lu en général) : “une association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous”, ce qui pourrait être la devise de nombre de country-clubs. La différence, c’est qu’ils ne l’appliquent qu’à eux-mêmes, alors que le communisme enfin réalisé serait un beau country-club planétaire.

Nous n’irons pas ici jusqu’à lancer comme modèle le célèbre slogan situ “Ne travaillez jamais” qui fleurit en mai 68 et qui avait une certaine grandeur mais “Ne travaillez pas trop. Ni trop longtemps”.

Il n’y a aucune raison pour ça, vraiment aucune.

samedi 10 avril 2010

Ne pas vivre les yeux fermés


Le collectif item réunit 4 photographes Marc Bonneville, Franck Boutonnet Romain Etienne et Bertrand Gaudilère.
Collectif, n'est pas une etiquette mais une façon de travailler et de décider ensemnble pour défendre des valeurs commues. Un engagement qui ne concerne pas que le choix des sujets, mais aussi la facon de faire au quotidien.
L'image est notre langage. Elle fait débat. Nous la conjuguons au singulier comme au pluriel.
Les travaux personnels et collectifs sont une voix pour témoigner du monde qui nous entoure, le contester ou l'interroger, parce qu'un photographe ne peut pas vivre les yeux fermés.
( extrait du site du collectif )

mercredi 24 mars 2010

Une prière au Saint Pou

le 8 Avril sera El dia internacional del Pueblo Rom y Gitano .
lors de cette journée festive et militante on évoquera certainement les effroyables années où le peuple dit " tsigane " fut victime de la politique d'extermination du III° Reich.
Des historiens ont fait leur travail. ( Henriette Asséo et Denis Pechanski notamment ) mais, même si les choses bougent et que le dernier film de Gatlif donne une visibilité à ce point d'histoire jusque-là plutôt confiné au monde universitaire, il n'en reste pas moins  que le génocide de ce peuple , qu'il faut nommer " Samudaripen " en langue romani , fait l'objet de peu d'écho dans la mémoire collective.



Cette entrée me permet de rendre hommage à ce fanal poético-politique  qu'est Jerzy Ficowski avec ce texte :

UNE PRIERE AU SAINT POU *


C'était au printemps de 1944
pendant l'épouillage du bloc gitan
au camp d'Auschwitz Birkenau

les jupes les châles
se fanaient à l'épouillage
dans le camouflage de leurs couleurs


coquelicots iris bleuets
au cas où un champ
qui n'adviendra jamais


La Gitane dans les douches de birkenau
dépouillée de ses couleurs
tient son poing serré
vêtue
de longs plis d'eau


elle cache dans sa main
un grain de vie
une semence de secours
entre la ligne de vie
et la ligne de cœur
au croisement des chemins
de la chiromancie


elle cache dans son poing
le dernier pou
un pou s'en va toujours
quand arrive la mort
la Gitane chante
aux douches de birkenau


svanta djouv
na dja mandyr


saint pou
ne m'abandonne pas
je ne te laisserai pas partir
toi seul m'es resté
il n'y a pas de dieu en enfer


tes frères abandonnent
nos morts
reste avec moi
sauve-moi
saint pou


le kapo accourut avec sa cravache
tord les doigts
qu'est-ce que tu tiens là voleuse montre
ce brillant
cette pièce cet or

le pou est tombé
l'étoile est tombée


reste une paume vide
un ciel vide
où monte
fumée après fumée
fumée après fumée.

Jerzy Ficowski
( " Tout ce que je ne sais pas " traduit du polonais par Jacques Burko / Buchet-Chastel / collection Poésie, 2005 )

* Les Gitans croient que, mus par l'instinct, les poux abandonnent celui qui va mourir, un peu comme les rats quittent un navire condamné (NdT)

nb : Ce poème a également été publié dans le n° 36 de la revue Diasporiques dans un dossier que Jacques Burko a consacré à la poésie polonaise face au génocide ( source :  Florence Trocmé site Poezibao ).



jeudi 14 janvier 2010

Haïti



Haïti, liée au souvenir d'une rencontre brève mais intense au Glob Théâtre de Bordeaux avec un de ses poètes qui souffle le vent  des exils apatrides pour mieux récolter ses attaches ( le Canada étant devenu la seconde demeure familiale , celle des résistances ) : Joël Des Rosiers.
il y avait Nicole et Didier et amenés par Marie, des visages plus jeunes aussi, pendus d'abord à nos lèvres et puis aux siennes. offrande de la lecture puis des écoutes.
aujourd'hui c'est vers ce souvenir que je me tourne et ses palétuviers, ce vétiver pour couturer  la douleur en fragments.

 " la piste
longue épitaphe pour les arbres disparus
honneur respect gommiers calebassiers
sentiments semés dans la poussière
quelquefois
la douleur au bout de la langue
s’élance la jeep cinq heures fauves
sucer
ton pouce dans l’absence des années
hormis les herbes amères l’horreur de perdre
l’enfance
il est odieux de ne pas pleurer "

( Joël Des Rosiers / savanes / 1993 / éd. tryptique )

dimanche 3 janvier 2010

Pour qu'il sourit, para siempre



" Dans un champs, la montre du tableau de bord reste bloquée à 13h55 ".
ces mots, à la page 753 de la bio d' Olivier Todd consacrée à Albert Camus, sont un peu détrempés dans l'exemplaire que je possède.
si quelqu'un lèche la page il y trouvera un goût de sel.
pas celui des "Noces" ou de "l'été", mais le lacrymal, oui.
j'ai donc un rapport romantique, charnel, puissant et passionné avec l'écrivain , l'homme révolté, le journaliste de "Combat", l'algérois de Belcourt, le prix nobel, l'ami de Char, le soutien indéfectible de l'Espagne de la libre pensée, l'auteur de certaines des plus belles pages de la littérature du XX° siècle. n'en déplaise aux contempteurs.
il fut de bon ton de lui passer le couteau du fiel ou de l'indifférence sous la gorge ( un auteur pour classes de terminales...ouais...et alors ? dévorer Stevenson quand on a dix ans n'est-ce pas fondamental ? et Marx, il faut le lire à quel âge ? si c'est pour le comprendre à 80 piges, on voit le parcours ).


aujourd'hui, on se complait à l'encenser. surtout dans le camp vers lequel, s'il vivait, il n' aurait que son mépris à retourner.
Jeanyves Guérin, qui a dirigé l'excellent dictionnaire Albert Camus ( collection "Bouquins" chez Laffont ),  n'en pense pas moins :
« Celle de Camus ( nb : il parle de récupération ) par Sarkozy est idiote et scandaleuse. La politique sarkozyste est anticamusienne au possible. Camus, qui n'a jamais appelé à voter que pour Mendès France, n'aimait pas fréquenter les hommes politiques, ... "Combat" ne leur a jamais donné une tribune, et lui-même a refusé de déjeuner à l'Elysée avec de Gaulle.»

car le pouvoir voudrait le panthéoniser.
c'est à dire le tuer une seconde fois. ou le replonger dans l'oubli , le dédain, l'ostracisme dont il fut victime après son prix et ensuite, après 68, quand même Bourdieu, mon cher Bourdieu, s'en prit à la figure de celui dont il aurait dû percevoir cet élan qui jamais ne le fit passer du côté des héritiers, puisque non issu de cette souche (bien au contraire, allez trouver un personnage public plus prolétaire de par ses origines ! ) mais qui non plus au cours de sa vie n'adopta ou ne copia leurs manières.




des erreurs ?...ben , évidemment ( on ne va pas lister ses clairvoyances, aujourd'hui il y a pléthore de distribution de bon points par la clique à claques ).
pas à foison, mais tout de même.
son passage " à côté " de cet "inconscient colonial" ( E. Saïd ) qui nimbait sa manière de ne pas parler vraiment de l'aspiration des peuples à disposer d'eux-mêmes, par exemple. pourquoi le planquer ?
il n' y aucune raison et , a contrario , il faut s'en emparer pour mieux cerner les positions intellectuelles de tout un chacun de cette époque pour mieux éprouver les nôtres aujourd'hui.

alors , ce panhéon ?
"laissons-le à Lourmarin", a-t-on dit avec justesse ( certains pensent différemment, pour de bonnes raisons et eux, je les respecte, mais ma raison , ici , ne commande rien, je lui désobéis. ).
mais oui, nom de dieu ! laissons ses os tranquiles. dans un silence et une nature qui n'appartiennent à personne.
Camus le maritime, l'amoureux des épines dans ce sépulcre minéral ? quelle horreur.



et puis soyons réalistes , qui a écrit ceci :

"chaque fois que j'entends un discours politique ou que je lis ceux qui nous dirigent, je suis effrayé depuis des années de n'entendre rien qui rende un son humain. ce sont toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges."

qui , alors ?
Camus ?
oui, Camus qu'on entendra loué si jamais le président de ce gouvernement dont un ministère s'intitule " de l'immigration et de l'identité nationale " s'obstine à nous faire croire qu'il s'est converti à ce un trait remarquable de l'écrivain  : le "non-conformisme"  ...


alors, pro-Camus après que d'être anti-sarkosyste primaire ?
peut-être.
mais en s'appuyant sur ce que fut l'homme de lettres et l'homme tout court.
car demain : socialiste libertaire , le pote à Arnaud, Bouygues, Bolloré et consorts ?
allons, un peu de sérieux.
pense-t-on que l'auteur de "l'homme révolté" puisse être porté aux nues par celui qui a dit à Dakar que certains n'étaient pas encore entrés dans l'histoire ?
qui peut s'imaginer, sans éclater de rire ou de larmes, Guaino préparant une bafouille, le stylo entre les dents, pour honorer celui qui disait des semblables de cette bête de somme du pouvoir qu'ils sont " des hommes sans idéal et sans grandeur " ?
etcetera, etcetera...  ( et pourtant le Mimi , il m'exaspère ).



Catherine Camus prendra, paraît-il, sa décision demain d'apporter ou non son soutien à l'initiative élyséenne. son frère jumeau, Jean, a déjà répondu par la négative.
chère Catherine, bon sang ne saurait mentir.
vous avez dit il y a quelque temps préférer "ramasser des olives" plutôt que d'entrer en polémique. quelle magnifique réponse.
restez-en là. dans le doute, l'écrivain-philosophe, votre père avant toute chose,  aura toujours préféré s'abstenir que d'asséner. pensez-y.
alors, de Lourmarin à Tiphasa, tous les oliviers ploieront pour vous rendre grâce.
et Albert , para siempre , sourira, soyez-en sûre.

mercredi 23 décembre 2009

La terre a fait un voeu




je fais mien les voeux de france terre d'asile et les mots de Magyd Cherfi vont droit au palpitant.
cliquez sur le lien.




jeudi 19 novembre 2009

Identité nationale, entre les flaques





Vous n'avez pas idée comme je slalome, depuis un mois. Je slalome entre les flaques. Il y en a partout. Une vraie infection. Des flaques de quoi ? Des flaques d'identité nationale, évidemment. Partout. A la une des journaux. Dans les bulletins d'info des radios. Jusqu'au coeur des faits divers, des polémiques littéraires, des papiers de sport. Il a réussi son coup, Besson. Dès le premier jour, je m'étais promis d'éviter. J'espère que jusqu'ici, vous appréciez la performance. Mais à ce rythme, bientôt, il ne me restera que la lune. On vient d'y découvrir aussi des flaques. Mais ouf, ce n'est que de l'eau.
Rien que ce matin. Titres de presse, sur France Inter. "Libé fait une grande opération sur l'identité nationale des philosophes". Très bien. La semaine prochaine, les géographes, ou les boulangers. Parfait. Il faut les voir tous se précipiter, sur l'air de "on sait bien que c'est une diversion, ce coup de l'identité, on n'est pas dupes, on ne nous la fait pas, mais on ne peut quand même pas laisser Besson occuper le terrain" (Ah tiens, pourquoi pas?) "Et d'ailleurs, cela intéresse les Français" (Ah ben, si vous le dites...) Pendant ce temps, globalement, de fronde des barons en mouvement d'humeur des notables, la grande opération sarkozyste de re-centralisation est en train de passer comme une lettre à la poste.
Sinon, on a sport. Si vous n'avez pas suivi ( je sais que vous êtes parfois distraits), il y a eu foot, hier soir. Et il y a même eu une main de Thierry Henry. A quelque chose, tricherie est bonne, me dis-je. En plongeant hardiment dans les flaques de foot, on va peut-être pouvoir éviter les flaques d'IN. Allons donc ! Tu rêves. Elkabbach a invité Finkielkraut. Pour nous offrir une vue panoramique sur la main, il faut rien moins que Finkielkraut. Donc, Finkielkraut condamne la main. La main lui a gâché sa soirée. Tiffosi occasionnel, le philosophe reste philosophe. Mais heureusement, ajoute Finkielkraut, Thierry Henry a reconnu sa main. Ainsi, se réjouit Finkielkraut, "la France ne s'est pas tiers-mondisée". Car une chose sépare les tiers-mondisés des développés que nous sommes. Le tiers-mondisé ajoute l'infâmie à la gruge, en ne reconnaissant pas sa gruge. Le développé a la tricherie chevaleresque. C'est aussi une composante de l'identité nationale. Et flac, dans la flaque.

Par Daniel Schneidermann le 19/11/2009 ( copié/collé de son billet  " le neuf-quinze " )

ps : on remarquera comment des sites type france-info ( cf le lien en surbrillance ) ont élagué dans les finky's propos. la phrase sur la tiers-mondisation s'en trouvant , par un coup de main divin là aussi en quelque sorte,  expulsée.

vendredi 30 octobre 2009

Butin de pays


je lis :

" j'écris en français, mieux que les français, pour dire que je ne suis pas français. " ( kateb yacine ).

plus loin : cette langue de la colonisation c'est " un butin de guerre ".

cette langue justement, qui, dans le futur débat bâton merdeux qui s'annonce sur l'identité nationale, aura à coeur de la mettre en avant ?

qui osera rappeler les mots de l'auteur de " Nedjma ", son indiscipline poétique dans un français de l'invention que personne n'oserait qualifier comme n'appartenant pas à ce débat, je répète, misérable qui s'annonce ?

alors je dis :

avoir vécu sétif et aimer à ce point la langue de ceux qui ont tiré ce jour-là, oui, ça c'est une identité. une véritable identité.
oui , l'identité est un butin. pillez-moi, scande la langue.
et pas l'orfraie qui crie au viol et au massacre.



dans le rétro, la nationale. dans le rétro.
et besson ?
dans le mur.

nb : l'illustration est de mustapha boutadjine.

samedi 9 mai 2009

Coupat , forcément coupat



en ce moment , sur le bon blog de didier jacob ( critique littéraire au, hum hum, au nouvel obs, donc...non, non ne fuyez pas, le bonhomme est plus intéressant que sa fonction ne pourrait le laisser paraître ), on peut lire ce qui suit concernant un nouveau rebondissement dans , on dira pour faire court , "l'affaire julien coupat ".
y esto vale su peso d'arachides.
allez, bonne lecture et on se retrouve plus bas.

Nos bibliothèques sont-elles coupables?

Si ce n'est toi, c'est donc ton étagère. L'affaire Coupat tournant à la débande politico-judiciaire, c'est maintenant aux livres de Julien que s'attaque la police, faute, évidemment, d'avoir pu prouver d'une quelconque manière la culpabilité de l'intéressé. Quand l'instruction est à poil, il y a toujours les bouquins de la communauté («5000», annonce la police, exagérant sans doute le chiffre comme si trop de lectures trahissait à l'évidence un dérèglement intellectuel et signalait le délinquant en puissance). Et l'on ne peut s'empêcher de considérer avec amusement ce renversement du discours habituel des forces de l'ordre, visant toujours à minorer tous les chiffres - de la délinquance, du nombre de badauds venus à la manif. Oui, c'est ainsi qu'il faut lire ce fort chiffre de «5000» bouquins trouvés dans la bibliothèque de Coupat: la Justice n'a rien contre lui.



«Il pouvait oublier de manger ou de dormir pour lire». Dixit, selon Libération (l'article de Gaël Cogné date du 21 avril), un ancien condisciple du fameux terroriste. Il n'est pas normal, vous voyez. Est-ce qu'on ne vous le disait pas, que ça allait mal tourner? Que, à force de bouquiner nuit et jour, ça finirait par jouer de la pince monseigneur pour empêcher les Corail de circuler. Lire, comme boire un verre: un ça va, deux, bonjour les... Pas fâchés d'avoir enfin mis à jour le mobile du crime, nos fins limiers de la PJ parlent d'écrits «qui légitiment les attaques contre l'Etat». Si seulement c'était vrai! Si tous les lecteurs de Dostoïevski finissaient criminels! Si, à lire Max Gallo, on devenait chauve, et cuistre en fréquentant de trop près notre Jacques Attali national. A vrai dire, c'est plutôt qu'on n'a pas assez lu Arsène Lupin, au Ministère de l'Intérieur, pour finir par légitimer ainsi ce qui n'est en somme qu'une énième déclinaison du délit de faciès.






Au fait, quels ouvrages? La gendarmerie n'ayant pas prévu, pour ses hommes, de stages en bibliothèques, le classement qu'elle a effectué le 11 novembre dernier est à prendre, on va le voir, avec des pincettes: «les archives, les pensées philosophiques, les ouvrages littéraires et l'histoire des civilisations.» 5000 ouvrages, donc (l'article de Libé précise que le brigadier à souligné ce chiffres en gras, tant il a dû lui paraître surhumain) mais seulement 27 qui, parmi eux, ont «retenu l'attention des enquêteurs». Ah bon? Seulement? Pas la peine de faire un foin avec les 5000 alors! Dieu merci, quelques livres d'auteurs «gauchistes» ont été aperçus: livres de Antonio Negri, d'un militant d'extrême-gauche allemand et d'un anar italien. Donc trois. A moins de devoir considérer comme dangereuse la thèse d'un professeur de sciences politiques à Montréal, «cité lors du contre-sommet de l'Otan».



Dans la catégorie brûlots, on note également un Tintin, version anticapitaliste, un livre de Nick Cohn, écrivain rock bien connu, et les «Techniques du chaos», de Timothy Leary. Qui s'est rendu célèbre en forçant les doses de tout, LSD surtout. Voyez, pas vraiment les grenades explosives annoncées. Vous me direz que Tintin, en héros guevariste, ou même Astérix tiens. Le petit village gaulois qui résiste aux à ces idiots de romains. Heureusement qu'ils ne l'avaient pas, celui-là, dans leur grange mal chauffée. Ils auraient pris perpét. Gauchistes, va!



L'histoire tournerait à la blague, si elle ne confirmait la méfiance fondamentale affichée au sommet de l'Etat à l'endroit de la culture. On regarde d'un sale oeil les chercheurs, parce qu'on se méfie de leurs livres. Et, bientôt, on va vouloir séparer les bons des mauvais. Une manière d'autodafé pratiqué en douceur. Lisez plutôt tel livre, va-t-on vous dire. Que tel autre. On va même s'y prendre tôt: Christine Albanel a annoncé récemment que chaque enfant recevrait à sa naissance un guide parental de conseils de lecture. Un «kit lecture», c'est le mot employé. Déjà, c'est joli. Ca donne une idée de ce qu'est un livre, pour la ministre qui veut faire lire. Un kit, c'est déjà moins chiant qu'un livre. En somme, c'est un deuxième carnet de santé. On saura si les enfants ont bien été vaccinés. De bouquiner.


alors ?
what do you opinate my amigos ?
on pourrait trouver cela effrayant dans l'échelle des escalades liberticides ( on pourra tout de même pétitionner si on veut. où ? ici ).
je trouve cela désopilant.
j'en arrive à me dire que finalement c'est bon signe.
ça craque de partout.
vivement que les calvi (c'est le premier qui me vient à l'esprit mais sans aucune animosité ) et autres faux bretteurs télévisuels s'emparent de cette énième surgissement du serpent de mer de l'affaire coupat ( dont les écailles sont en pâte en papier lors de cette ultime apparition mais le décor de ce conte de fées à l'envers est depuis longtemps en carton bollywoodien ) et nous organisent des débats où les diafoirus côtoieront les épigones de bayrou the " rebel rebel " .
la marrade !
assurée.
par contre , le fond du problème : un homme sous les verrous par mesure d'exception sans qu'aucune charge ne pèse contre lui me fait moins rire. quant au jeune homme en question il doit en pleurer de rage dans sa cellule.
mais ça nos "intellectuels" si prompts à s'érectionner en donneur de leçons de cuistrerie (comme le fait remarquer didier jacob, prenant l'attali pour étalon de la chose , ce qui est plutôt bien vu ) pour enfumer les débats n'en ont pas grand chose à battre.
là aussi, rire finalement.
mais canari.

samedi 21 février 2009

Soutien


soutien aux guadouloupéens , à leurs revendications, à leur soif de dignité, à leur volonté devant laquelle la nôtre est bien mièvre, à leur résistance, à leur souffle qui court sur l'échine de nos esprits courbés.
pourquoi a-t-il fallu un mois pour qu'on veuille bien dans les grands médias, dans les hautes sphères mais aussi dans nos lamenti quotidiens s'apercevoir qu'un département français, peuplé de concitoyens, de frères de patrie et par là nos voisins, nos amis, nos compagnons de lutte et de d'espoir, tirait sur la sonnette d'alarme sans détourner le regard de la radicalité qui s'imposait à eux.

grand bien nous fasse d'être éclairés par de tels défricheurs de conscience, car parfois nous ne les méritons pas.


" Ile-désert
ailes amerries
pour ascendance
quatre continents pour se créer une île
trois âmes caraïbes
blancheur sauvage
ébène saigné
poudrée colombo
la peau plus neuve de mémoire nue
Ici
les résidents semblent de passage
la foule désertée
la servitude splendide
le paysage plus essentiel que le pays
terreau d'excès d'abus
de révoltes fauchées de récoltes sans semer
de persiennes trop étroites de sèves effeuillées
le destin bien caché derrière le fatalisme

Mais la noirceur lucide du soleil
en bouclier d'écorces protège nos chairs à vie
esclaves en surface
nous avons gagné la profondeur
la cale et les grands-fonds où s'ancrent les dérives
trop neuves pour le bonheur nos musiques improvisent
sauvant l'amour même sans le partager
gardant le rythme même sans tambours
le Carême démasque les cendres d'hivernage
en réserves de rires pour l'avenir blessé

et les îles émergent en filles-caraïbes
la clé de l'une entre les mains de l'autre
le soleil battant fier sous la dentelle des coeurs

Sorcières et sourciers
sans source ni boussoles
nous avons enraciné
l'illégale plantation de nos coeurs légitimes
en flèches de canne dressées contre les balles de coton
à coups de soleils contre le mal bien fait

Nous avons recouvert l'Amérique
déshabillé les conquérants
domestiqué le déracinement
nous avons inventé la révolte sans le ressentiment
la patience volcanique
la puissance sans pouvoir le marronnage sans chiens
nous avons même accepté de paraître accepter

et
par nature sans faune sauvage
nous cultivons à coeur le colibri
pour édifier au monde son nid fragile et sûr:

les Antilles
îles battues
îles combattues

très belles

et

BATIES."

"natales" daniel maximin

pour ne pas oublier et pour voir venir :

http://www.acrimed.org/article3083.html
http://karpov.over-blog.net/article-27993476.html
http://www.bakchich.info/VRP-De-La-Maison-Kozy.html

mercredi 31 décembre 2008

En 2009 tout a déjà un (dé)goût de 2008



Aujourd'hui, Ertugrul Yilmaz a été expulsé.

Nous étions une quinzaine de militants du RESF 13 à l'aéroport ce matin dès 6h pour tenter d'empêcher l'expulsion d'Yilmaz. Nous n'avons pas réussi. A aucun moment nous n'avons vu Yilmaz. Nous n'avons pas vu non plus les policiers enregistrer son billet au comptoir. Ils ont dit qu'il était bien prévu sur ce vol. Les passagers ont été informés. La PAF nous a confirmé après le décollage de l'avion qu'Yilmaz était parti.


Je suis très triste et vraiment écoeurée, Yilmaz m'a toujours dit qu'il refuserait l'embarquement, je ne sais pas ce qui s'est passé pour qu'il n'ait pas pu le faire. Il a dû arriver très tôt dans l'avion car on ne l'a vu du tout, on a vu en revanche des policiers en descendre.


Il était prévu qu'il transite par Paris. Il devait prendre le vol de 10h10 arriver à Istanbul à 14h. Nous ne savons pas s'il a pu refuser l'embarquement à ce moment-là. J'ai appelé sa famille à Bordeaux, qui essaie d'envoyer du monde à l'aéroport d'Istanbul où Yilmaz arriverait à 14h.


Il est impossible de le localiser actuellement (il est 14h30 au moment où j'écris). C'est toujours comme ça : la PAF (police de l'air et des frontières) ne répond pas. Sauf parfois aux avocats, ou aux parlementaires. Est-ce normal de ne pas pouvoir savoir où se trouve un homme qu'on expulse ? S'il est parvenu à refuser l'embarquement, il doit être en garde à vue. Je ne sais pas, sa famille ne sait pas où il est en ce moment, on doit attendre. Sa femme ne l'a plus vu depuis des mois, puisqu'il était en prison pour grève de la faim, qui avait été considéré comme un refus d'embarquement.


Depuis le départ de l'aéroport je suis effondrée, en larmes. Je tremble, je suis prise de spasmes, je n'arrive pas à me calmer. Je culpabilise, je me dis que j'aurais dû faire plus pour lui. Je ne comprends pas ce qui se passe. Il a vécu tellement de drames déjà. Sa femme a été violée, a dû fuir la Turquie, sa demande d'asile a été rejetée (alors que des membres de sa famille à Bordeaux ont l'asile politique), il a dû vivre caché, il a fait des grèves de la faim, il a fait deux mois de prison pour ça, il a été isolé et transféré de Bordeaux à Marseille pour être privé de ses soutiens et de sa famille, et ce matin il a encore subi cette violence de l'expulsion. Mais pourquoi a-t-il subi tout ça ? Pour satisfaire des quotas ?


Je lui ai souvent rendu visite au centre de rétention, presque tous les jours depuis son arrivée à Marseille le 19 décembre. C'est un garçon très courageux, très gentil, toujours souriant. Il ne parlait pas très bien français, mais on communiquait quand même, il me disait qu'il en avait marre d'avoir toujours des problèmes, de ne pas être libre. Il ne comprenait pas pourquoi sa vie était gâchée pour des papiers. Il disait qu'il n'était ni voleur ni méchant. Qu'il voulait juste vivre avec sa femme, sa famille, continuer son métier de carreleur. On rigolait beaucoup aussi, pour des choses idiotes. Un jour il m'a raconté comment c'était la prison de Gradignan, comment en rentrant des douches il avait découvert son compagnon de cellule pendu. Il avait besoin de parler. Il est doux, un peu espiègle, assez grand, mince, il a des yeux verts.


Vous pouvez être fiers de vous, messieurs les préfets, messieurs les policiers. Vous avez brisé un homme et sa famille. C'est ce que m'a dit ce matin un agent de la PAF : il est fier de ce qu'il fait, de porter son uniforme, il a choisi de faire ça. Vous pouvez être fiers, messieurs les députés qui ont voté les lois qui permettent ça. Vous aussi, messieurs et mesdames du gouvernement, le chiffre des expulsions est monté aujourd'hui.

Moi je suis effrayée, consternée, triste, horrifiée.


Olivia Lemoine, professeur à Marseille

samedi 22 novembre 2008

Est-ce que t'entends ce que je vois?


les images nous vampirisent.
pas celles du grand cinéma. ou des musées, des expos, des galeries.des livres. des souvenirs, des albums de famille. non.
je parle de celles diffusées au quotidien.
on dirait un grand abreuvoir.
nous venons par troupeaux nous y mirer. puis nous baigner dans cette fange et bien sûr nous croyons nous y désaltérer.cette insipidité d'une eau de boudin chargée d'éléments nocifs abrités derrière un vague goût de sucre nous remplit le cerveau qui grossit telle une outre.
cette orgie visuelle nous rend aveugles.
les autres sens sont par-là même anesthésiés.

alors quand un espace sonore trublionne dans le grand bazar acoustique il faut savoir s'y abandonner pour retrouver des sensations presque oubliées.
le lien s'appelle : "est ce que t'entends que je vois ? ".
sons, reportages, bidouillages, parcours auditifs, poétique auriculaire...c'est stimulant.
on peut aussi soi-même faire son patchwork en laissant démarrer plusieurs bandes à la fois.
j'ai testé ainsi le muezzin dans la casserole des carottes à la vapeur posée au milieu de la cuisine où le chien aboie.
les acuités poétiques sont à développer.
"est-ce que t'entends ce que je vois ? " débroussaille ce chemin. mais sans brusquerie, juste en écartant les mûriers et les ronces pour ne pas effrayer les roitelets qui pourraient y nicher.
et comme cela nous permettre de surprendre leur "trino" *.
chut.

* : trille. c'est plus serein et jouissif en espingoin. non ?

mercredi 19 novembre 2008

Merde, mon soufflé !

bon ,maintenant que le soufflé à la crème d'esbrouffe est retombé. qu'on sait que les conmensaux furent peu nombreux malgré le rabattage compulsif des éternels aboyeurs de service des meilleurs guides des cuisines de copinages. après quelques apparitions christiques , surtout d'un des deux larrons , chez quelques propriétaires de tuyaux à mouise appelée médias audiovisuels, on peut lire tranquillement le bilan de la recette béchamellébecq rédigé sur un coin de nappe par de vrais connaisseurs des lourdeurs de la mauvaise pitance bourgeoise : acrimed.

c'est par là.

http://www.acrimed.org/article3005.html

on peut rôter délicatement en fin de lecture.
c'est à la fois irrespectueux et traditionnel.
ça me plaît.


faudrait porter une charlotte sinon va y avoir des cheveux dans le potage, beñat.


tss, tss, les clients se plaignent de trouver un goût de cendre à vos patés, don miguel.

mercredi 5 novembre 2008

To Mr John Lewis



aujourd'hui je voudrais prendre dans mes bras Mr Lewis.

pourquoi ?

parce qu'après la victoire d’Obama hier soir, Mr Lewis a déclaré sur la chaîne NBC :
« Je ne pensais jamais voir ce jour de mon vivant » ?

assurément.

mais pourquoi lui et pas les millions d'autres qui ont du prononcer cette phrase ?

parce que John Lewis, un membre du Congrès de l’Etat de Géorgie, est le dernier survivant des leaders noirs historiques qui, avec le Dr. King, ont organisé la célèbre Marche des blacks sur Washington pour leurs droits civiques en 1963, cette même marche au cours de laquelle Martin Luther King a prononcé son fameux discours « I Have a Dream ». Lewis, un héros bien-aimé de tous, avait été battu presque à mort en 1961 lors d’une manifestation paisible par la police raciste de Selma, en Alabama, pendant que les agents fédéraux du FBI restaient à l’écart en train de prendre des notes.
(copié/collé d'une depêche du monde)

voilà pourquoi.

dear Jhon, i don't know you but today i think of you.