vendredi 30 octobre 2009

Butin de pays


je lis :

" j'écris en français, mieux que les français, pour dire que je ne suis pas français. " ( kateb yacine ).

plus loin : cette langue de la colonisation c'est " un butin de guerre ".

cette langue justement, qui, dans le futur débat bâton merdeux qui s'annonce sur l'identité nationale, aura à coeur de la mettre en avant ?

qui osera rappeler les mots de l'auteur de " Nedjma ", son indiscipline poétique dans un français de l'invention que personne n'oserait qualifier comme n'appartenant pas à ce débat, je répète, misérable qui s'annonce ?

alors je dis :

avoir vécu sétif et aimer à ce point la langue de ceux qui ont tiré ce jour-là, oui, ça c'est une identité. une véritable identité.
oui , l'identité est un butin. pillez-moi, scande la langue.
et pas l'orfraie qui crie au viol et au massacre.



dans le rétro, la nationale. dans le rétro.
et besson ?
dans le mur.

nb : l'illustration est de mustapha boutadjine.

samedi 9 mai 2009

Coupat , forcément coupat



en ce moment , sur le bon blog de didier jacob ( critique littéraire au, hum hum, au nouvel obs, donc...non, non ne fuyez pas, le bonhomme est plus intéressant que sa fonction ne pourrait le laisser paraître ), on peut lire ce qui suit concernant un nouveau rebondissement dans , on dira pour faire court , "l'affaire julien coupat ".
y esto vale su peso d'arachides.
allez, bonne lecture et on se retrouve plus bas.

Nos bibliothèques sont-elles coupables?

Si ce n'est toi, c'est donc ton étagère. L'affaire Coupat tournant à la débande politico-judiciaire, c'est maintenant aux livres de Julien que s'attaque la police, faute, évidemment, d'avoir pu prouver d'une quelconque manière la culpabilité de l'intéressé. Quand l'instruction est à poil, il y a toujours les bouquins de la communauté («5000», annonce la police, exagérant sans doute le chiffre comme si trop de lectures trahissait à l'évidence un dérèglement intellectuel et signalait le délinquant en puissance). Et l'on ne peut s'empêcher de considérer avec amusement ce renversement du discours habituel des forces de l'ordre, visant toujours à minorer tous les chiffres - de la délinquance, du nombre de badauds venus à la manif. Oui, c'est ainsi qu'il faut lire ce fort chiffre de «5000» bouquins trouvés dans la bibliothèque de Coupat: la Justice n'a rien contre lui.



«Il pouvait oublier de manger ou de dormir pour lire». Dixit, selon Libération (l'article de Gaël Cogné date du 21 avril), un ancien condisciple du fameux terroriste. Il n'est pas normal, vous voyez. Est-ce qu'on ne vous le disait pas, que ça allait mal tourner? Que, à force de bouquiner nuit et jour, ça finirait par jouer de la pince monseigneur pour empêcher les Corail de circuler. Lire, comme boire un verre: un ça va, deux, bonjour les... Pas fâchés d'avoir enfin mis à jour le mobile du crime, nos fins limiers de la PJ parlent d'écrits «qui légitiment les attaques contre l'Etat». Si seulement c'était vrai! Si tous les lecteurs de Dostoïevski finissaient criminels! Si, à lire Max Gallo, on devenait chauve, et cuistre en fréquentant de trop près notre Jacques Attali national. A vrai dire, c'est plutôt qu'on n'a pas assez lu Arsène Lupin, au Ministère de l'Intérieur, pour finir par légitimer ainsi ce qui n'est en somme qu'une énième déclinaison du délit de faciès.






Au fait, quels ouvrages? La gendarmerie n'ayant pas prévu, pour ses hommes, de stages en bibliothèques, le classement qu'elle a effectué le 11 novembre dernier est à prendre, on va le voir, avec des pincettes: «les archives, les pensées philosophiques, les ouvrages littéraires et l'histoire des civilisations.» 5000 ouvrages, donc (l'article de Libé précise que le brigadier à souligné ce chiffres en gras, tant il a dû lui paraître surhumain) mais seulement 27 qui, parmi eux, ont «retenu l'attention des enquêteurs». Ah bon? Seulement? Pas la peine de faire un foin avec les 5000 alors! Dieu merci, quelques livres d'auteurs «gauchistes» ont été aperçus: livres de Antonio Negri, d'un militant d'extrême-gauche allemand et d'un anar italien. Donc trois. A moins de devoir considérer comme dangereuse la thèse d'un professeur de sciences politiques à Montréal, «cité lors du contre-sommet de l'Otan».



Dans la catégorie brûlots, on note également un Tintin, version anticapitaliste, un livre de Nick Cohn, écrivain rock bien connu, et les «Techniques du chaos», de Timothy Leary. Qui s'est rendu célèbre en forçant les doses de tout, LSD surtout. Voyez, pas vraiment les grenades explosives annoncées. Vous me direz que Tintin, en héros guevariste, ou même Astérix tiens. Le petit village gaulois qui résiste aux à ces idiots de romains. Heureusement qu'ils ne l'avaient pas, celui-là, dans leur grange mal chauffée. Ils auraient pris perpét. Gauchistes, va!



L'histoire tournerait à la blague, si elle ne confirmait la méfiance fondamentale affichée au sommet de l'Etat à l'endroit de la culture. On regarde d'un sale oeil les chercheurs, parce qu'on se méfie de leurs livres. Et, bientôt, on va vouloir séparer les bons des mauvais. Une manière d'autodafé pratiqué en douceur. Lisez plutôt tel livre, va-t-on vous dire. Que tel autre. On va même s'y prendre tôt: Christine Albanel a annoncé récemment que chaque enfant recevrait à sa naissance un guide parental de conseils de lecture. Un «kit lecture», c'est le mot employé. Déjà, c'est joli. Ca donne une idée de ce qu'est un livre, pour la ministre qui veut faire lire. Un kit, c'est déjà moins chiant qu'un livre. En somme, c'est un deuxième carnet de santé. On saura si les enfants ont bien été vaccinés. De bouquiner.


alors ?
what do you opinate my amigos ?
on pourrait trouver cela effrayant dans l'échelle des escalades liberticides ( on pourra tout de même pétitionner si on veut. où ? ici ).
je trouve cela désopilant.
j'en arrive à me dire que finalement c'est bon signe.
ça craque de partout.
vivement que les calvi (c'est le premier qui me vient à l'esprit mais sans aucune animosité ) et autres faux bretteurs télévisuels s'emparent de cette énième surgissement du serpent de mer de l'affaire coupat ( dont les écailles sont en pâte en papier lors de cette ultime apparition mais le décor de ce conte de fées à l'envers est depuis longtemps en carton bollywoodien ) et nous organisent des débats où les diafoirus côtoieront les épigones de bayrou the " rebel rebel " .
la marrade !
assurée.
par contre , le fond du problème : un homme sous les verrous par mesure d'exception sans qu'aucune charge ne pèse contre lui me fait moins rire. quant au jeune homme en question il doit en pleurer de rage dans sa cellule.
mais ça nos "intellectuels" si prompts à s'érectionner en donneur de leçons de cuistrerie (comme le fait remarquer didier jacob, prenant l'attali pour étalon de la chose , ce qui est plutôt bien vu ) pour enfumer les débats n'en ont pas grand chose à battre.
là aussi, rire finalement.
mais canari.

samedi 21 février 2009

Soutien


soutien aux guadouloupéens , à leurs revendications, à leur soif de dignité, à leur volonté devant laquelle la nôtre est bien mièvre, à leur résistance, à leur souffle qui court sur l'échine de nos esprits courbés.
pourquoi a-t-il fallu un mois pour qu'on veuille bien dans les grands médias, dans les hautes sphères mais aussi dans nos lamenti quotidiens s'apercevoir qu'un département français, peuplé de concitoyens, de frères de patrie et par là nos voisins, nos amis, nos compagnons de lutte et de d'espoir, tirait sur la sonnette d'alarme sans détourner le regard de la radicalité qui s'imposait à eux.

grand bien nous fasse d'être éclairés par de tels défricheurs de conscience, car parfois nous ne les méritons pas.


" Ile-désert
ailes amerries
pour ascendance
quatre continents pour se créer une île
trois âmes caraïbes
blancheur sauvage
ébène saigné
poudrée colombo
la peau plus neuve de mémoire nue
Ici
les résidents semblent de passage
la foule désertée
la servitude splendide
le paysage plus essentiel que le pays
terreau d'excès d'abus
de révoltes fauchées de récoltes sans semer
de persiennes trop étroites de sèves effeuillées
le destin bien caché derrière le fatalisme

Mais la noirceur lucide du soleil
en bouclier d'écorces protège nos chairs à vie
esclaves en surface
nous avons gagné la profondeur
la cale et les grands-fonds où s'ancrent les dérives
trop neuves pour le bonheur nos musiques improvisent
sauvant l'amour même sans le partager
gardant le rythme même sans tambours
le Carême démasque les cendres d'hivernage
en réserves de rires pour l'avenir blessé

et les îles émergent en filles-caraïbes
la clé de l'une entre les mains de l'autre
le soleil battant fier sous la dentelle des coeurs

Sorcières et sourciers
sans source ni boussoles
nous avons enraciné
l'illégale plantation de nos coeurs légitimes
en flèches de canne dressées contre les balles de coton
à coups de soleils contre le mal bien fait

Nous avons recouvert l'Amérique
déshabillé les conquérants
domestiqué le déracinement
nous avons inventé la révolte sans le ressentiment
la patience volcanique
la puissance sans pouvoir le marronnage sans chiens
nous avons même accepté de paraître accepter

et
par nature sans faune sauvage
nous cultivons à coeur le colibri
pour édifier au monde son nid fragile et sûr:

les Antilles
îles battues
îles combattues

très belles

et

BATIES."

"natales" daniel maximin

pour ne pas oublier et pour voir venir :

http://www.acrimed.org/article3083.html
http://karpov.over-blog.net/article-27993476.html
http://www.bakchich.info/VRP-De-La-Maison-Kozy.html

mercredi 31 décembre 2008

En 2009 tout a déjà un (dé)goût de 2008



Aujourd'hui, Ertugrul Yilmaz a été expulsé.

Nous étions une quinzaine de militants du RESF 13 à l'aéroport ce matin dès 6h pour tenter d'empêcher l'expulsion d'Yilmaz. Nous n'avons pas réussi. A aucun moment nous n'avons vu Yilmaz. Nous n'avons pas vu non plus les policiers enregistrer son billet au comptoir. Ils ont dit qu'il était bien prévu sur ce vol. Les passagers ont été informés. La PAF nous a confirmé après le décollage de l'avion qu'Yilmaz était parti.


Je suis très triste et vraiment écoeurée, Yilmaz m'a toujours dit qu'il refuserait l'embarquement, je ne sais pas ce qui s'est passé pour qu'il n'ait pas pu le faire. Il a dû arriver très tôt dans l'avion car on ne l'a vu du tout, on a vu en revanche des policiers en descendre.


Il était prévu qu'il transite par Paris. Il devait prendre le vol de 10h10 arriver à Istanbul à 14h. Nous ne savons pas s'il a pu refuser l'embarquement à ce moment-là. J'ai appelé sa famille à Bordeaux, qui essaie d'envoyer du monde à l'aéroport d'Istanbul où Yilmaz arriverait à 14h.


Il est impossible de le localiser actuellement (il est 14h30 au moment où j'écris). C'est toujours comme ça : la PAF (police de l'air et des frontières) ne répond pas. Sauf parfois aux avocats, ou aux parlementaires. Est-ce normal de ne pas pouvoir savoir où se trouve un homme qu'on expulse ? S'il est parvenu à refuser l'embarquement, il doit être en garde à vue. Je ne sais pas, sa famille ne sait pas où il est en ce moment, on doit attendre. Sa femme ne l'a plus vu depuis des mois, puisqu'il était en prison pour grève de la faim, qui avait été considéré comme un refus d'embarquement.


Depuis le départ de l'aéroport je suis effondrée, en larmes. Je tremble, je suis prise de spasmes, je n'arrive pas à me calmer. Je culpabilise, je me dis que j'aurais dû faire plus pour lui. Je ne comprends pas ce qui se passe. Il a vécu tellement de drames déjà. Sa femme a été violée, a dû fuir la Turquie, sa demande d'asile a été rejetée (alors que des membres de sa famille à Bordeaux ont l'asile politique), il a dû vivre caché, il a fait des grèves de la faim, il a fait deux mois de prison pour ça, il a été isolé et transféré de Bordeaux à Marseille pour être privé de ses soutiens et de sa famille, et ce matin il a encore subi cette violence de l'expulsion. Mais pourquoi a-t-il subi tout ça ? Pour satisfaire des quotas ?


Je lui ai souvent rendu visite au centre de rétention, presque tous les jours depuis son arrivée à Marseille le 19 décembre. C'est un garçon très courageux, très gentil, toujours souriant. Il ne parlait pas très bien français, mais on communiquait quand même, il me disait qu'il en avait marre d'avoir toujours des problèmes, de ne pas être libre. Il ne comprenait pas pourquoi sa vie était gâchée pour des papiers. Il disait qu'il n'était ni voleur ni méchant. Qu'il voulait juste vivre avec sa femme, sa famille, continuer son métier de carreleur. On rigolait beaucoup aussi, pour des choses idiotes. Un jour il m'a raconté comment c'était la prison de Gradignan, comment en rentrant des douches il avait découvert son compagnon de cellule pendu. Il avait besoin de parler. Il est doux, un peu espiègle, assez grand, mince, il a des yeux verts.


Vous pouvez être fiers de vous, messieurs les préfets, messieurs les policiers. Vous avez brisé un homme et sa famille. C'est ce que m'a dit ce matin un agent de la PAF : il est fier de ce qu'il fait, de porter son uniforme, il a choisi de faire ça. Vous pouvez être fiers, messieurs les députés qui ont voté les lois qui permettent ça. Vous aussi, messieurs et mesdames du gouvernement, le chiffre des expulsions est monté aujourd'hui.

Moi je suis effrayée, consternée, triste, horrifiée.


Olivia Lemoine, professeur à Marseille

mardi 23 décembre 2008

Le cynisme des chiens


"Le cynisme des chiens" est un texte qui a été écrit et envoyé par Jacky Dahomay professeur de philosophie à la Guadeloupe, démissionnaire du Haut Conseil à l’intégration, au quotidien "Libération".

cette insurrection de la parole je la fais mienne. pour qu'une telle insurrection ait lieu il faut un souffle, celui de l'incalculable dont ici il a été dit la "voilure".
"detertulia" se permet de le relayer car il reflète parfaitement cette envie pressante de souffler avec lui.


ludo



Le récit ahurissant fait par un enseignant du Gers concernant l’intrusion dans sa classe de gendarmes et d’un chien, m’a littéralement bouleversé. Et j’ai pleuré. De rage bien entendu. Je suis un vieil enseignant, à la veille de la retraite. Ce métier a été ma seule vocation. Je me suis toujours tenu pour le seul maître dans ma classe après Dieu (s’il existe bien entendu !) et personne n’y rentre sans mon autorisation, ni chef d’établissement, ni inspecteur, ni ministre et, a fortiori, ni gendarme ni chien. Impossible ! A moins d’un cas de force majeure grave que le chef d’établissement devra m’expliquer au préalable. Je le dis donc tout net : si une telle chose m’arrivait, je donnerais l’ordre aux élèves de désobéir. Telle est mon éthique de professeur.

J’estime ma mission d’enseignant plus haute que ma propre sécurité. En vérité, depuis quelques années, les enseignants s’accommodent de bien de choses inacceptables. Oublient-ils ce principe républicain qui veut que l’instruction publique vise aussi à former des citoyens incommodes ? Comment en est-on arrivé là ? Tout se passe aujourd’hui comme s’il y avait une redoutable confusion des rôles, des institutions comme de leurs fonctionnaires. De toute évidence, au niveau des responsables de l’Etat comme au sein de la population, il y a confusion entre l’espace public propre à l’école et d’autres formes d’espaces publics ou communs. Or, l’école n’est pas publique au sens ou peuvent l’être les chemins de fer, les télécommunications ou la place du marché. Cela fait des années qu’on croit bien faire en ouvrant l’école sur l’extérieur. La rue y est entrée, avec son lot de désagréments. Si la rue peut enrichir l’expérience, seule l’école donne une véritable instruction. Comment des vérités aussi élémentaires peuvent-elles avoir été oubliées ?

Admettons qu’un policier ait toute légitimité pour procéder à des fouilles dans les aéroports et dans la rue (à condition bien sûr que cela ne s’adresse pas qu’aux basanés !). Cela lui donne-t-il pour autant le droit de se substituer à l’autorité du maître dans sa classe ? On a du mal à distinguer entre le maître qui impose une domination et le maître qui exerce un magistère. Et comme ce principe s’est perdu, le maître-chien, fût-il gendarme, se sent autorisé lui aussi à prendre la place de l’enseignant à l’école. Et quand un magistrat se permet de croire que la peur du gendarme introduite brutalement à l’école est ce qui préservera les élèves de la délinquance on se demande, bien que n’étant pas gaulois, si le ciel n’est pas tombé sur notre tête ! La peur et la répression ont remplacé la mission éducative de l’école. Quel échec ! Sait-on simplement que lorsque le chien et le gendarme se substituent à l’autorité du maître à l’école, c’est que les loups hurlent déjà aux portes de nos villes. Il s’ensuit en général un bruit de bottes sur les trottoirs.

Mon cœur donc gronde de colère et qu’on le laisse faire ! Il y a des moments où la raison raisonnante devient impuissante et laisse place à l’indignation. Toutefois, des chiens, préservons-nous de leur rage et de leur cynisme. J’emprunte cette expression, «le cynisme des chiens», à Chateaubriand qui, dans ses Mémoires d’outre-tombe, l’utilise pour qualifier les révolutionnaires qui, sous la Terreur, bons père de famille, emmenaient leurs enfants se promener le dimanche en prenant soin de leur montrer en passant le dada des charrettes qui conduisaient des citoyens à la guillotine. Le cynisme est dans la contradiction voulue et assumée opposant les grands principes humanitaires qu’on affiche et la pratique quotidienne du massacre de citoyens.

Aujourd’hui, nous avons affaire à une autre forme de cynisme. Dans le spectacle que donne à voir par exemple le gouvernement actuel de la France. Le président Nicolas Sarkozy le premier. Son cynisme consiste à affirmer une chose et son contraire. Dans son agitation ultramédiatisée, il procède à une «désymbolisation» constante des institutions de la république. Il y a bien là un travail d’affaiblissement de l’autorité de ces dernières. Pour parodier Hannah Arendt, disons qu’il y a aussi perte d’autorité quand les adultes refusent d’assumer le monde dans lequel ils ont mis les enfants, les vouant ainsi à une culture de la violence. Le refus de l’éducation est l’étalage de la répression et le culte de la sécurité. C’est ce refus de l’éducation qui pousse à vouloir incarcérer des enfants de 12 ans. Reste maintenant à obliger des psychiatres à inventer une substance antiviolence qu’on inoculerait aux femmes enceintes, sans leur consentement bien entendu.

Tout cela est grave, très grave. La démocratie ne fait pas toute la légitimité d’une république. Un pouvoir tyrannique peut se mettre en place démocratiquement. L’histoire, comme on le sait, ne se répète pas et les formes de totalitarisme à venir sont forcément inédites. Nous sentons bien qu’une nouvelle sorte de régime politique, insidieusement, se met en place. Quand, à l’heure du laitier, un journaliste est brutalement interpellé chez lui, devant ses enfants ; quand des enfants innocents sont arrachés de l’école et renvoyés dans leur pays d’origine ; quand une association caritative est condamnée à de lourdes amendes pour être venue en aide aux sans-abri ; quand… Même si nous n’avons pas encore tous les éléments théoriques permettant de penser ce régime inédit, il se présente déjà avec des signes certains de la monstruosité. Face à tout cela, le Parti socialiste, principal parti d’opposition, se déchire lamentablement. L’heure serait-elle venue, pour nous enseignants du moins, d’entrer dans la désobéissance civile ?

Je ne parle peut-être pas d’outre-tombe mais je suis d’outre-mer. Comme beaucoup d’Antillais, j’ai aimé une certaine France malgré l’esclavage et la colonisation, malgré Vichy et la collaboration. Cette France qui, à deux reprises, a su abolir l’esclavage, celle des droits de l’homme et des valeurs universelles. Celle dont l’école, malgré ses aspects aliénants pour nous, a su donner le sens de la révolte à un Césaire ou à un Fanon. Qu’il faille dépoussiérer cette vieille école républicaine ne signifie pas qu’on doive la jeter avec l’eau du bain. Est aussi à réviser cette identité républicaine hypocrite qui a du mal à s’ouvrir à la diversité. Et quand on constate que Monsieur Brice Hortefeux, ministre de cet affreux ministère de «l’Intégration, de l’Identité nationale et de l’Immigration» aux relents franchement vichyssois, se permet de réunir, à Vichy précisément, les ministres européens chargés des questions d’immigration, on peut légitimement penser qu’il y a là une continuité conservatrice inquiétante. Ce ministre a rendu visite le 10 décembre au Haut Conseil à l’intégration. Je n’y étais pas. J’ai démissionné du HCI. Cette France, qui vient ou qui se met en place sournoisement, je ne l’aime pas. Devrions-nous alors, d’outre-mer, faire dissidence ? Je ne sais pas. Ce qui est sûr en tout cas c’est que la plus grave erreur serait de se dire, comme à l’accoutumée, que les chiens aboient et que la caravane passe.


nb 1: L’écrivain Edouard Glissant s’est associé à Jacky Dahomay. Dans un message parvenu hier à «Libération», il s’adresse ainsi au président du Haut Conseil à l’intégration : «J’ai le regret de vous présenter ma démission de membre du Haut Conseil à l’intégration. Celle-ci s’appuie sur ce qui a été prononcé par mon collègue, Jacky Dahomay, avec qui je suis en complet accord.»
nb 2 : l' illustration est du peintre debattista.

samedi 22 novembre 2008

Est-ce que t'entends ce que je vois?


les images nous vampirisent.
pas celles du grand cinéma. ou des musées, des expos, des galeries.des livres. des souvenirs, des albums de famille. non.
je parle de celles diffusées au quotidien.
on dirait un grand abreuvoir.
nous venons par troupeaux nous y mirer. puis nous baigner dans cette fange et bien sûr nous croyons nous y désaltérer.cette insipidité d'une eau de boudin chargée d'éléments nocifs abrités derrière un vague goût de sucre nous remplit le cerveau qui grossit telle une outre.
cette orgie visuelle nous rend aveugles.
les autres sens sont par-là même anesthésiés.

alors quand un espace sonore trublionne dans le grand bazar acoustique il faut savoir s'y abandonner pour retrouver des sensations presque oubliées.
le lien s'appelle : "est ce que t'entends que je vois ? ".
sons, reportages, bidouillages, parcours auditifs, poétique auriculaire...c'est stimulant.
on peut aussi soi-même faire son patchwork en laissant démarrer plusieurs bandes à la fois.
j'ai testé ainsi le muezzin dans la casserole des carottes à la vapeur posée au milieu de la cuisine où le chien aboie.
les acuités poétiques sont à développer.
"est-ce que t'entends ce que je vois ? " débroussaille ce chemin. mais sans brusquerie, juste en écartant les mûriers et les ronces pour ne pas effrayer les roitelets qui pourraient y nicher.
et comme cela nous permettre de surprendre leur "trino" *.
chut.

* : trille. c'est plus serein et jouissif en espingoin. non ?

mercredi 19 novembre 2008

Merde, mon soufflé !

bon ,maintenant que le soufflé à la crème d'esbrouffe est retombé. qu'on sait que les conmensaux furent peu nombreux malgré le rabattage compulsif des éternels aboyeurs de service des meilleurs guides des cuisines de copinages. après quelques apparitions christiques , surtout d'un des deux larrons , chez quelques propriétaires de tuyaux à mouise appelée médias audiovisuels, on peut lire tranquillement le bilan de la recette béchamellébecq rédigé sur un coin de nappe par de vrais connaisseurs des lourdeurs de la mauvaise pitance bourgeoise : acrimed.

c'est par là.

http://www.acrimed.org/article3005.html

on peut rôter délicatement en fin de lecture.
c'est à la fois irrespectueux et traditionnel.
ça me plaît.


faudrait porter une charlotte sinon va y avoir des cheveux dans le potage, beñat.


tss, tss, les clients se plaignent de trouver un goût de cendre à vos patés, don miguel.